Organisation du  travail individuel

Nous définissons ici la séquence de travail individuel (travail sur fiches + bilan) qui constitue le moteur des processus d'étayage et obéit donc à une logique précise. Elle comprend elle-même deux phases successives qui se répètent chaque jour et interfèrent entre elles pour une meilleure dynamique de l'apprentissage.

1. La phase de Travail par Fiches est une phase de travail individuel assez strict. Elle bénéficie d'une efficacité accrue du fait de la présence de la phase bilan, qui la finalise, la prépare et la soutient.

2. La phase de BILAN est par là même presque définie. Elle va apporter des informations, des indications, des repères qui viendront consolider et rentabiliser le travail de la phase qui vient de s'achever, et qui permettront de mieux investir celle du lendemain.

Reprenons plus en détail cette organisation :

1. La phase de travail par fiches

De 30 à 60 minutes, en moyenne, sont consacrées chaque matin à du travail individuel sur fiches, au libre choix de l'élève. Chaque élève peut bénéficier pendant cette phase de l'aide individuelle du maître - celui-ci étant disponible - ou consulter éventuellement ses camarades.

Mais il faut poser ici de fortes réserves : l'aide du maître ou des élèves peut en effet venir parasiter la phase du bilan, et l'enfant demandeur risque d'être alors moins attentif aux apports des camarades lors du bilan. Il appartient au maître d'apprécier, en fonction des situations et des individus, les tolérances à accepter, sans jamais perdre de vue l'importance du dispositif général..

La liberté de choix laissée à l'élève est doublement importante:

  1. cette liberté plaît à l'enfant car elle le responsabilise, l'implique dans son travail et répond à son besoin d'accomplissement ;
  2. mais elle l'incite en même temps à s'évaluer et lui apprend à gérer son temps de travail : l'enfant choisit une fiche en connaissance de cause, lorsqu'il pense qu'elle est à sa portée. Il écarte, momentanément, celles qui lui paraissent difficiles, mais il les garde en mémoire et se prépare déjà, mentalement, à la phase de bilan, pendant laquelle il va écouter très attentivement pour repérer des "indices pertinents" . Ces informations complémentaires vont jouer un double rôle :

    - lui fournir des indications pour accomplir les tâches en suspends
    - lui fournir des indices pour perfectionner son aptitude à l'analyse des tâches

Ainsi, tout en effectuant sa tâche, l'élève se met déjà "en projet", se prépare à participer à cette phase de "bilan" pendant laquelle il pourra parler, s'il le désire, de son travail, quel qu'il soit, et cette anticipation est évidemment très importante.
Cette organisation du temps scolaire, qui permet à l'élève d'anticiper, de se mettre en état de projet, de "se voir en train de plancher" (De la Garanderie) peut être considérée comme une condition nécessaire à l'apprentissage. Mais cette organisation est en outre intimement liée à un travail d'analyse des tâches proposées qui constitue un autre point fort du dispositif PMEV.

2. La phase de Bilan

Une trentaine de minutes environ, rarement moins, parfois un peu plus, sont ensuite consacrées à un travail de régulation appelé "bilan" : chaque élève qui le souhaite peut alors présenter son travail, le commenter, inviter ses camarades à lui poser des questions, en poser lui-même, etc... et cette approche favorise elle aussi un travail d'évaluation et de métacognition.

Ce moment qui permet à l'élève d'être valorisé et de "théoriser sa pratique" - même très modestement - est très formateur pour lui, fût-il déjà un "bon élève". Mais il permet aussi à l'ensemble de la classe de progresser. Les élèves qui ont échoué, ou qui n'ont pas tout à fait compris, ceux qui n'ont pas encore abordé la fiche de travail présentée, peuvent approcher la notion avec un vocabulaire d'enfant de leur âge, ou parfois sous un angle nouveau auquel le maître n'aurait pas pensé. Approche mieux adaptée à leur propre style d'apprentissage, qui facilitera leur compréhension et leur engagement dans la tâche.

Cette dernière phase permet en particulier de prévenir les erreurs ou d'y remédier, par le seul jeu des interactions entre élèves. Le maître est là en observateur attentif mais aussi en garant, pour ponctuer le déroulement de la séance. Seules les difficultés qui résistent à ce traitement interactif et autorégulateur feront l'objet d'interventions longues de la part du maître, reprises ou leçons de synthèses. Plus rarement, de remédiations plus précises du rééducateur : l'un des grands bénéfices de la formule est de rendre les rééducateurs à leur vocation initiale, en leur épargnant la prise en charge d'enfants normaux  que des processus d'enseignement mal adaptés ont  pu contribuer à placer en situation d'échec.

Les interactions entre élèves jouent ici de tout leur poids, mais elles sont d'autant plus efficaces qu'elles sont répétitives. A notre sens, ce facteur capital est trop souvent occulté : on prête de nos jours à l'interactivité une efficacité potentielle quasi miraculeuse, qui ne joue cependant pas automatiquement à égalité pour tous les élèves, et ceci est grave. L'interactivité ne peut atteindre sa pleine efficacité "démocratisante" que lorsqu'elle revient à plusieurs reprises sur les mêmes sujets d'apprentissage pour tenir compte des différences de rythme d'apprentissage.

Soulignons enfin que ces deux phases successives constituent pour le maître un moment privilégié pour l'observation des situations d'apprentissage, telle qu'elle est préconisée par les Instructions Officielles, en vue d'interventions magistrales éventuelles de remédiation, aux conditions que nous avons précisées :

L'importance capitale de cette phase de bilan n'a pas échappé aux maîtres qui ont cherché à la rationaliser et à la perfectionner au maximum. Tous utilisent des tableaux de suivi pour savoir à chaque instant quelles fiches sont "passées au bilan", qui les a présentées, lesquelles appellent un passage supplémentaire, etc.. Certains ont en outre obtenu des résultats intéressants en dédoublant la phase de  bilan, commençant alors leur journée de travail par une première séance portant sur certaines des fiches travaillées la veille.

Les élèves qui demandent à participer à ces phases matinales prennent alors le temps de se préparer à la maison, par écrit ou seulement mentalement, au grand bénéfice de leur prestation. Il n'est pas rare qu'ils "fassent école", entraînant d'autres camarades à les imiter.

Pour les autres, ce bilan matinal constitue de toute façon une excellente phase de démarrage, en ce qu'elle fournit souvent l'occasion de rebondir "à chaud"  sur un travail en cours.