Construire un profil de "bon élève"

Pourquoi la pédagogie de maîtrise développerait-elle mieux le profil de bon élève que d'autres pédagogies, tout aussi bien intentionnées, et de surcroît validées de longue date ?

La réponse est à la fois simple et complexe !
Simple, car la pédagogie de maîtrise engrange le bilan du passé, conserve les acquis  mais tire parti des erreurs, intègre de surcroît des apports nouveaux. Ses bons résultats sont donc dans la logique de l'histoire.
Complexe cependant, car la mise en cohérence de ces éléments disparates ne va pas de soi, en pédagogie, quand il s'agit de rester dans le domaine du possible.


Quelques repères :

  1. La pédagogie de maîtrise se garde bien de "jeter le bébé avec l'eau du bain". Elle entend conserver tout ce que la "tradition" a validé : le goût du travail, de l'effort, le développement de la mémoire, etc.. Elle a bien noté en particulier que la maîtrise engendre la maîtrise, et qu'il est donc important  d'aider l'enfant à réussir très tôt : plus un enfant a emmagasiné de connaissances, plus il en apprendra d'autres facilement, et plus il y trouvera du plaisir.

  2. La pédagogie de maîtrise cherche ensuite à intégrer d'autres acquis reconnus comme favorables  au développement de l'intelligence mais qui se rencontrent à l'origine dans le milieu familial.

    Alors que l'ordre et le  silence pouvaient être considérés comme une exigence absolue dans l'école ancienne, les  constats de Lautrey suggèrent de s'inspirer du "bon modèle familial" pour remodeler le fonctionnement de la classe : instaurer un mode de fonctionnement plus souple, des règles claires mais négociables, ne relève pas d'une simple décision et exige d'abord un minimum de réflexion : Pourquoi ? Comment ?.

    Ce n'est pas par hasard que le recours à la parole a longtemps été tenu à l'école dans une sorte de suspicion, et il faut reconnaître qu'il pose encore problème. La classe n'est pas la maison. Elle reste un lieu qui appelle un certain silence, un minimum d'ordre et de règles, mais qui peut néanmoins se  prêter à certains aménagements : une certaine liberté de parole, accordée à certains moments et selon des modalités bien définies, peut être mise à profit pour améliorer les apprentissages (voir Bilan).  Le sacro saint programme peut être lui aussi l'objet de négociations qui vont favoriser son acquisition (voir choix). 

  3. La pédagogie de maîtrise adopte aussi un parti pris de confort, voire de recherche du plaisir intellectuel, qui voudrait conduire l'enfant à aimer apprendre mais se heurte encore sur ce plan à bien des idées reçues. Mais les objections qui ont pu être opposées à ce parti pris ergonomique de la pédagogie de maîtrise apparaissent dérisoires, tant au regard de l'importance des enjeux qu'à celui des résultats obtenus.

    La vocation de l'école élémentaire, dans le prolongement direct de celle de l'école maternelle, est d'aider l'enfant à s'investir dans le monde un peu particulier de l'école, de lui permettre d'apprendre son "métier d'élève" afin d'en retirer le maximum de satisfactions. Une amélioration du "rendement scolaire" sera une conséquence économique directe de cette préoccupation d'abord humaniste.

  4. Le problème est donc de développer précocement et de manière insistante les aptitudes spécifiques du bon élève.

Dans notre approche pédagogique particulière, le moment de BILAN, dont les objectifs centraux ont été définis par ailleurs, constitue en lui même, par le brassage permanent des notions étudiées  auquel il procède, un exercice d'entraînement mental spécifique, contribuant à la mobilité et de l'agilité de la mémoire.

Construire un profil de bon élève ne serait pas possible sans l'implication personnelle de celui-ci. Ce que les formules anciennes de pédagogie de maîtrise - c'était leur point faible  !  - n'obtenaient qu'avec des élèves   préalablement motivés, est aujourd'hui réalisé dans de bien meilleures conditions par la prise en compte du concept d'apprentissage vicariant, au point que les enfants comme les adultes ont souvent affiché ouvertement leur satisfaction voire "plébiscité" le système. Le sentiment d'auto-efficacité, né de l'observation des pairs, est rapidement consolidé chez l'élève par le constat de sa propre réussite.

La satisfaction manifestée par les enfants touche au plaisir intellectuel et au goût de l'autonomie. Plaisir d'ordre intellectuel que trop d'enfants n'ont jamais eu l'occasion de découvrir, et qui tient selon eux à un facteur essentiel : le droit de pouvoir choisir sa tâche, le droit de choisir le moment de l'exécuter. Car ce parti pris, déjà justifié pour des raisons cognitives, l'est aussi au plan affectif : il permet d'éviter   l'expérience douloureuse de l'échec  et il aide au contraire à découvrir le plaisir d'un engagement personnel et volontaire dans la tâche.