Une séquence d'écriture quotidienne

     Une phase d'écriture, dans la tradition de Freinet, mais plus directement placée sous le signe de l'entraînement mental et du "Ecrire pour être reconnu".

     L’entraînement à l’écriture est important et doit absolument être quotidien. Il est présent dans toutes les activités, et peut par exemple aider certains élèves à préparer leur intervention en vue du bilan : celle-ci y gagne toujours en qualité.

     Mais l’écriture, au sens général de «production de textes», courts ou longs, appelle un apprentissage spécifique et surtout un entraînement régulier. Le meilleur moyen d’apprendre à écrire est en effet de s’entraîner à écrire chaque jour, et l’on sait d’ailleurs que nombre d’écrivains n’ont jamais appris à écrire autrement qu’en lisant beaucoup - ce qui relève de l’apprentissage vicariant - et en noircissant du papier.
Une technique très simple d’entraînement quotidien à l’écriture : «On écrit pour être lu» dit-on parfois, et ce principe doit être conservé : journal d’école périodique ou simple «page web» hebdomadaire sont facilement édités aujourd’hui grâce à l’ordinateur ou la photocopieuse. Leur impact est déterminant.
Mais on écrit plus encore pour «être reconnu». La lecture quotidienne, au moment du bilan, pour ceux qui le souhaitent, de leurs productions écrites, peut jouer sur ce plan un rôle important qui a beaucoup contribué à l’implication des enfants et à l’extension rapide de cette activité quotidienne d’écriture. Car cette lecture peut en même temps faciliter l’écriture : en écoutant les productions de ses camarades, l’élève peut «rebondir» sur une formule heureuse ou reprendre à son compte un thème qui lui a plu : et ceci relève encore de l’apprentissage vicariant.

     En attendant que les élèves soient capables d'élaborer eux-mêmes au moins une phrase, le recours à la dictée à l'adulte est préconisé : bien des élèves ne seraient pas en difficulté si cette "technique" avait été davantage utilisée. Mais il ne faudrait pas que cette médiation devienne assistanat : il faut que le cognitif arrive à tirer l'affectif - affaire de ruse, de doigté, de patience - pour réveiller le "besoin d'accomplissement" qui existe en chaque enfant. La dictée à l'adulte est une bonne formule car les enfants vont pouvoir voir leur production au tableau ou sur feuille, si mineure soit-elle au début.
Les enfants entrent en classe pour prendre la plume et écrire ce qu'ils veulent, comme ils le veulent et, au besoin, rien du tout. Et, comme ce n'est pas facile, ils lisent, après 20 mn environ, ce qu'ils ont écrit. Cela écarte le supplice de la feuille blanche, donne des idées à ceux qui n'en ont pas. Cela montre qu'écrire n'est pas au fond si difficile, mais qu'il faut s'entraîner souvent à ce petit exercice... En ce qui concerne la finalité des textes, les enfants ont aussi le choix : choix de laisser tomber un texte, de vouloir le présenter à la classe, à l'oral ou à l'écrit, choix de vouloir le publier.

     Toujours les textes permettent à l'enfant de se poser, d'être reconnu comme élève à part entière, et plus encore comme une personne à part entière. Les progrès en écriture devraient être rapides : on a sans cesse dans les oreilles les trouvailles de ses pairs, les jugements de valeur intempestifs sont exclus. La répétitivité quotidienne faussement fastidieuse des séquences, car elle est récurrente, permet de revenir sur des acquis provisoires pour les consolider ou les relativiser.

 

Écrire pour être reconnu ...

Écrire pour être lu ? Oui, cela va de soi, mais généralisons plutôt : écrire pour être reconnu, ce qui peut se faire dans un premier temps en restant dans le cadre de la classe. Cette généralisation nous a beaucoup aidé, dans le contexte néo-calédonien, à faire entrer dans l'écriture des élèves qui sans cela y seraient difficilement parvenus. Tel enfant nous avait lu un jour une histoire merveilleuse que ses camarades avaient applaudie, mais son brouillon était quasi illisble ...

Écrire pour être reconnu est
le vrai problème de l’expression écrite

Bien des gens qui font de l'écriture leur métier, les écrivains par exemple, n'ont jamais appris à écrire. Écrire s'apprend surtout par l'entraînement, et bien sur par la lecture, qui permet une imitation plus ou moins libre des modèles. L'un des plus surs moyens d'apprendre aux enfants à écrire est donc de les faire écrire tous les jours, comme le savaient les vieux maîtres.

C'est aussi ce que faisait FREINET, qui publiait ensuite les textes des élèves après amendement collectif. L'amendement collectif est un exercice intéressant mais qui dépossède un peu l'auteur de son texte et n'implique pas toujours vraiment les coauteurs.

A cet amendement immédiat et collectif, dans lequel le maître et le groupe jouent le rôle de superviseurs, on peut opposer une approche plus souple, plus proche des exigences du travail individuel, étalée dans le temps et nourrie par le jeu de l'apprentissage vicariant d'apports successifs plus nombreux.

L'amendement immédiat relevait peut-être d'une certaine précipitation, du souci de publier un texte en forme. Sans abandonner cette possibilité, qui a très largement fait ses preuves, on peut également jouer sur un registre légèrement différent, qui mettra davantage l'enfant au centre du système. Il s'agit encore d'écrire tous les jours, mais sans être tributaire d'une publication immédiate, et en laissant du temps au temps. On constate alors que les productions individuelles s'améliorent rapidement en quantité et en qualité: moins de textes diffusés, mais plus de textes effectivement conçus et médiatisés, c'est à dire soumis à l'appréciation du groupe et offrant surtout à chacun, chaque jour, l'occasion de rebondir sur un sujet ou sur une formulation heureuse. Nous nous écartons ici des formules ou l'évaluation critique tendait à s'imposer, pour nous orienter plutôt vers une formule de stimulation : de même, Laurence LENTIN conseillait de ne jamais critiquer un enfant qui commence à parler mais de lui renvoyer    simplement des formules plus élaborées.

Écrire pour être gratifié

On écrit donc pour être reconnu, pour être gratifié, pour satisfaire son besoin d'accomplissement.  Il est important qu'un texte soit lu à la classe pour être apprécié. La gratification est alors immédiate, ce qui n'est pas à négliger en phase de premier apprentissage. Faire réussir vite pour aider l'élève à se forger des représentations de soi positives.

Écrire pour apprendre à penser

Écrire oblige à organiser sa pensée, à concevoir, à planifier, à préciser, à affiner, à programmer, à ajuster ses idées, à choisir ses mots, etc....etc..

L'exercice d'écriture est plus exigeant que la parole. Il est si bénéfique qu'il gagne à être développé fréquemment, dans une perspective de construction de l'intelligence et de la personne, et donc dans un contexte souple, en se libérant de l'obsession de la correction à tout prix et de la notation, mais en prévoyant un cadre qui garantira une certaine cohérence et lui fournira sa finalité.

Ce peut être, par exemple, lorsque l'on doit faire un exposé ou bien plus simplement pour se préparer à présenter un travail à l'occasion du bilan quotidien. C'est l'un des grands atouts de la pédagogie de maîtrise que de conduire les enfants à se colleter en permanence avec l'écrit, tant en qualité de   scripteur que de lecteur.