Temps difficiles...
A propos des nouveaux programmes


Lire, écrire, compter... et maintenant ?

Parler et 
Vivre ensemble


Si la PMEV a été conçue à l'origine pour lutter contre l'absentéisme et contribuer à une meilleure réussite scolaire des élèves calédoniens, il est vite apparu que ce projet apportait plus qu'on ne l'avait imaginé. La PMEV avait intégré le projet national de la réforme des cycles sur la base d'une option forte visant explicitement à utiliser et renforcer le professionnalisme du maître en matière de guidage et à prendre en compte de manière volontariste le problème du rythme et des possibilités de chaque élève.

La PMEV avait tenu son engagement sur tous ces points mais aussi mis en évidence, par ses initiatives propres, quelques pistes plus inattendues.


Pour ce qui concerne les objectifs traditionnels de l'école et là où elle a pu être appliquée avec une certaine continuité, la PMEV a contribué à retrouver les ambitions du "lire, écrire, compter", dépassant en outre les contraintes de l'hétérogénéité pour donner aux élèves "lents" ou retardés l'occasion de mieux rentabiliser leur temps d'apprentissage.

Elle a confirmé dans le même temps sa capacité à stimuler le développement langagier, cela par le jeu d'échanges régulés rétablissant la priorité sur les contenus des programmes et apportant même une préparation efficace aux exigences de la vie sociale, un cadre pour "apprendre à vivre ensemble".

Ces différents aspects sont déjà plus qu'appréciables au regard des nouveaux programmes et privent leurs détracteurs de quelques arguments. La PMEV, par ses options propres,  avait parfois anticipé ces préoccupations et voudrait ici, par souci de vérité et de clarté, le préciser.

Apprendre à Parler….

La maîtrise de la langue est indispensable à la réussite scolaire et, au delà de l'entrée au collège, pour la poursuite d'études longues. C'est dire si, dans les temps difficiles que traverse l'école et face aux problèmes rencontrés au lycée, cet apprentissage est important.

Tous les efforts engagés dans le passé pour développer l'expression orale, des mémorables "tableaux d'élocution" aux modernes "micro dialogues", ont eu et ont encore peut être leur intérêt, mais cela n'est pas moins vrai des propositions plus récentes des chercheurs ou des praticiens qui ont montré leur capacité à pouvoir y contribuer.

Pour sa part, le moment de bilan, instauré en PMEV dans une perspective de construction de sens, est également sur un autre plan un exercice continu de verbalisation. Il présente toutefois des particularités originales qui méritent justification et mise au point.

Non sans paradoxe, cet .exercice relativement difficile est le plus souvent bien accueilli par les élèves lorsqu'il est correctement conduit et dosé. Plus particulièrement axé sur le langage spécifique de l'école et du métier d'élève, qu'il contribue à consolider, ce moment peut paraître austère et laisse souvent perplexes les observateurs mal informés. Mais il répond aux critères récemment mis en évidence par les linguistes à propos de l'inégalité des chances et les enfants eux mêmes semblent le comprendre. Comme s'ils en avaient pris conscience à travers leur premier "décollage", ils en arrivent à aimer l'école pour cette séquence particulière mise au service de leur besoin d'accomplissement.

Mais ces aspects déjà essentiels apportent avec eux d'autres raisons de prendre la mesure de toutes les possibilités de la PMEV, comme l'ont bien compris un nombre croissant d'enseignants conscients de leur responsabilité.

Apprendre à vivre ensemble ….

Savoir vivre ensemble ne se décrète pas ni ne s'improvise. Apprendre à vivre ensemble est une exigence de nos temps difficiles qui ne peut ni se contenter d'exhortations ni fuir la réalité des problèmes pratiques, en particulier pédagogiques.

Dans une Europe qui a vu naître les camps de concentration et l'épuration ethnique, dans une France où le communautarisme semble pouvoir ranimer les vieux démons de haine, des questions inattendues ont surgi. Comment ces évènements peuvent-ils naître dans un milieu marqué par 2000 ans de valeurs chrétiennes ? Comment l'école pourrait-elle prévenir l'émergence de sentiments aussi éloignés de ses idéaux et de la morale civique élémentaire ?

Questions simplistes ? Evitons en effet de porter un jugement inconsidéré sur une situation qui présente bien d'autres traits de complexité, mais convenons qu'une conclusion s'impose aux pédagogues : le discours moral, religieux ou civique ne suffit pas, aussi souvent ressassé soit il, même si nous pensons qu'il reste indispensable.

Il ne peut y avoir de morale désincarnée, coupée d'une pratique qui en fixe les points forts et aussi les limites.

Apprendre à vivre ensemble impose donc à l'école d'aujourd'hui un travail permanent sur les manières de vivre et d'être en classe.
L'école en est tout à fait consciente mais elle s'interroge : comment conduire ce travail, au demeurant difficile, sans porter préjudice au bon déroulement des programmes ?

Ce problème préoccupant suggère de traiter ces objectifs simultanément, de conduire cette initiation à la vie sociale à partir des programmes eux mêmes. C'est là, depuis maintenant dix ans, un des points forts de la PMEV.

Une pratique intégrée

La PMEV, de par sa logique même, répond en effet à cette exigence de traitement simultané des objectifs notionnels et comportementaux, contribuant par là à la fois à l'instruction et à l'éducation.

Son parti pris de retour aux processus originels de l'apprentissage, fondés sur l'observation des savoirs faire en vue de leur appropriation, conduit à "faire du sens" en développant une compétence dont l'absence peut être à l'origine de la violence : la compétence langagière, la maîtrise de la parole.

Ces processus - originels plus qu'originaux bien que pouvant paraître tels - vont s'appliquer par définition à la maîtrise du programme officiel, conformément à l'exigence d'instruction, tout en développant pour y parvenir des comportements d'échanges et donc de nécessaire civilité correspondant aux objectifs d'éducation, épurés cependant – particularité de la PMEV - des exigences mal évaluées qui faisaient barrage à l'acte d'appendre et à la nécessité d'instruire.

Une efficacité raisonnée

En dépit de sa complexité délibérée, au sens systémique du terme, la PMEV n'est pas une vue de l'esprit et fonctionne effectivement dans un certain nombre de classes où elle peut être observée. Sa formule s'est répandue avec succès, soumise au contrôle de l'inspection et aux investigations des jurys professionnels, validant ainsi les pratiques nées des suggestions encore tant ignorées de Maurice Reuchlin.

Il se passe quelque chose avec la PMEV
qui, étrangement, dérange encore,
mais ne relève en rien du mystère et clairement du calcul.

Une réhabilitation méthodique des processus naturels d'apprentissage et leur adaptation systémique aux exigences spécifiques des apprentissages scolaires suffit à expliquer l'efficacité d'un dispositif qui en outre renouvelle l'exercisation.

  1. Apprentissage par prises de repères sur "ceux qui savent" et donc exploitation d'une hétérogénéité désormais nécessaire, qui cesse d'être un pur handicap pour devenir fonctionnelle.
  2. Affinement des repérages par le jeu d'échanges qui développent la fonction langagière, primordiale pour les apprentissages scolaires mais aussi pour accéder à une communication sans violence.
  3. Exercisation intensive mais étayée et renforcée, avec entraînement permanent à l'analyse et au raisonnement hypothético-déductif, dont le fonctionnement intellectuel a besoin pour accéder à une véritable INSTRUCTION, antidote indispensable de la violence.
  4. Entraînement quotidien à l'écoute attentive mais bienveillante, et par là au respect, dont la vie sociale, le "vivre ensemble" sans violence, vont pouvoir concrètement tirer profit.

Michel Monot