La PMEV et les nouveaux programmes
LA PMEV EST-ELLE COMPATIBLE AVEC LES NOUVEAUX PROGRAMMES ?

par Michel Monot (26 septembre 2002)

"Je m'interroge sur la compatibilité des propositions PMEV avec les nouveaux programmes domaine "langue française et éducation littéraire". Je m'explique. Les horaires pour le cycle 3 spécifient :
• Littérature : 4h30 à 5h30. Il s'agit, si j'ai bien compris, de mener des activités autour de textes ou de livres, activités de lectures orales par le maître ou les élèves, de débats argumentés à propos de la compréhension. Ces activités, à mon sens, ne se prêtent pas ou mal à un travail sur fiches.
• Observation réfléchie de la langue française : 1h30 à 2h. Les activités relatives à ce domaine peuvent se prêter à un travail sur fiche.
• Il reste le "lire écrire parler" dans les autres domaines pour lequel les programmes parlent "d'ateliers" à mener dans chaque discipline. Le travail sur fiche est-il possible pour ces ateliers ? Dans tous les cas, par rapport aux pratiques existantes, il est au moins à inventer.
"

Je vais essayer de te répondre, et par là un peu aussi à Françoise Grossi dont la question, les vacances aidant, n'avait pas eu d'écho.

Mais je vais le faire dans le désordre, et je serais même tenté de commencer par la signature. En ce qu'elle veut bien dire ce qu'elle veut dire, n'ayant jamais eu la prétention de présenter un produit fini et encore moins les tables de la loi.

Rappeler quand même d'abord que la finalité de la PMEV n'a jamais été en soi de faire beaucoup de TI. Elle a été d'appliquer les programmes avec un souci d'efficacité,de les aborder en termes de "rendement", ce qui supposait deux choses :

• impliquer le maître au maximum de ses compétences, lui permettre pour cela "d'observer et de comprendre ce qui se passe dans les apprentissages"
• impliquer également l'élève avec le souci de ses potentialités, "prendre en compte ses rythmes et possibilités" moins pour les respecter que pour les améliorer. Accepte moi comme je suis, mais ne me laisse pas comme je suis.

Ce cadre étant défini, c'est l'idée de réhabiliter la "prise d'indices", comme facteur de développement intellectuel, qui a conditionné le "modèle" de la "PMEV", tel qu'il est aujourd'hui interpellé. Un espace-temps pour procéder à ces prises d'indices dans la clarté et sous le contrôle du maître, comme autant de chances à saisir pour l'élève, et aussi pour le maître d'occasions de comprendre : c'est le "bilan", dont la fréquence peut surprendre, mais qui a le mérite - anticipant en cela sur les nouvelles IO - de faire sa place au développement de la langue orale et cela dans toutes les disciplines. Et c'est aussi le TI, sans lequel le bilan ne serait à la limite que bavardage, car il s'agissait surtout de pouvoir réinvestir le bénéfice des prises d'indices et permettre à tous de disposer du temps nécessaire pour affronter efficacement les apprentissages.

Malgré tout ce que ces "prises d'indices" peuvent poser comme questionnement, il faut rappeler que le Ministre F. Bayrou, qui, sauf erreur, a mis Luc Ferry en selle, avait suggéré que les maîtres de CP aillent prendre des indices dans les classes des meilleurs d'entre eux. L'idée fut mal reçue qui pourtant n'était pas mauvaise par nature. Et qui pourrait même valoir pour les élèves, ce qui en gros caractérise la PMEV. J'imagine mal que Bayrou n'ait osé sa suggestion de visites de classes que pour améliorer à bon compte la compétence des maîtres, et sans vouloir aussi améliorer celle des élèves par une approche analogue.

J'en viens maintenant, dans le désordre, aux préoccupations exprimées par Antoine Cantais et Françoise Grossi.

** A) "Observation réfléchie de la langue française : 1h30 à 2h. Les activités relatives à ce domaine peuvent se prêter à un travail sur fiche."

Un détail, et c'est sans doute ce qu'Antoine voulait dire, mais j'y tiens : travail PAR fiches et non SUR fiches.

On sait que beaucoup de classes ont voulu travailler sur fiches, parfois simples exercices à trous qui plombaient le travail de l'écrit, mais dont le vrai tort était le plus souvent de rester "frontales". Le mot "fiches" est trompeur, qui peut recouvrir bien des réalités pédagogiques. Pour nous, leur intérêt était et reste de pouvoir travailler "dans le désordre" à la construction du sens, en fonction de critères divers dont l'évolution des représentations reste techniquement le plus important et indissolublement lié à l'existence du temps de bilan.

Cela convient donc bien à "l'observation réfléchie de la langue française", observation qui appelle aussi "manipulation", que ce soit sous forme d'exercices d'entraînement ou d'entraînement à l'écriture. Mais cela peut convenir aussi à bien d'autres situations, dès lors surtout que les différences individuelles sont importantes et que l'on considère comme prioritaire la nécessité vouloir travailler à l'égalité des chances.

** B) "Il reste le "lire écrire parler" dans les autres domaines pour lequel les programmes parlent "d'ateliers" à mener dans chaque discipline. Le travail sur fiche est-il possible pour ces ateliers ? Dans tous les cas, par rapport aux pratiques existantes, il est au moins à inventer."

Je ne sais plus qui, sur cette liste, avait proposé d'appeler "cahier d'atelier" le cahier sur lequel les élèves travaillent habituellement, et j'avais assez aimé cette formule.

Dans les conceptions dominantes actuelles, on n'envisage guère que des ateliers "disciplinaires", "méthodologiques". Ceux-ci sont utiles et même nécessaires, mais je revendique également la nécessité d'ateliers pluridisciplinaires et néanmoins méthodologiques, dont les objectifs seront moins prédéfinis et ciblés mais qui n'en seront pas moins fructueux. Nous ne savons presque jamais avec exactitude ce qui bloque un élève. Ce peut être un simple détail, que la didactique n'a pas encore catalogué, et l'élève est alors souvent le mieux placé pour en prendre conscience si l'environnement de travail est conçu et organisé à cette fin. Ce peut être aussi quelque chose de plus précis et identifiable, mais que l'on ne s'attendait pas à voir surgir pour cet élève là à ce moment là, comme vous avez du le rencontrer assez souvent en fonctionnant dans une organisation type PMEV, lorsque un indice quelconque vient faire surgir un "euréka" ou au contraire mettre à jour une lacune ou une défaillance de représentation insoupçonnée. Mais, dans tous ces cas, l'atelier pluridisciplinaire que nous appelons "bilan" a fait ses preuves, tant du point de vue "méthodologie" que du point de vue "gestion de l'hétérogénéité" et répartition plus équitable des "chances".

Ce n'est pas là un problème que les nouvelles IO négligent. Je crois même qu'elles le mettent en bonne place dès les premières lignes, mais il risque ensuite de se diluer dans les détails organisationnels si nous n'y prenons garde. Cette question d'ateliers est donc importante, dont l'organisation n'est pas une fin en soi et dont la finalité suprême - et démocratique - doit à mon sens rester constamment présente.

**C) " - Littérature : 4h30 à 5h30. Il s'agit, si j'ai bien compris, de mener des activités autour de textes ou de livres, activités de lectures orales par le maître ou les élèves, de débats argumentés à propos de la compréhension. Ces activités, à mon sens, ne se prêtent pas ou mal à un travail sur fiches."

Nous avions prévu, dans le cadre des anciens programmes, le "bombardement culturel", qui portait sur des textes beaucoup plus courts et souvent documentaires, notre public étant rarement issu de milieux "lettrés" mais néanmoins disposé à s'instruire. Notre souci était évidemment de faire lire et encore lire, et nous préconisions aussi plus de souplesse pour les "bons élèves", ce que Jacques Bert a parfaitement repris et développé. En matière de lecture longue, nous laissions faire autour du coin lecture ou de la BCD, et il arrivait ici ou là qu'un livre librement et rapidement présenté au bilan par un élève X connaisse un certain engouement et soit repris quelques jours plus tard par Y ou Z. On en reparlait donc, et cela allait parfois assez loin, mais sans aller jusqu'à en faire un principe pédagogique comme dans les nouvelles IO.

On ne peut qu'approuver ces "activités autour de textes ou de livres", tout en se demandant si l'étalement dans le temps, tel qu'il résultait de l'organisation PMEV, ne présentait pas un avantage spécifique du point de vue de la "gestion de l'hétérogénéité".

Ces "activités autour de textes ou de livres" pourraient servir de "faire valoir" aux élèves privilégiés. Ce n'était pas l'optique PMEV et je ne pense pas que ce soit celle des IO, mais nous avons besoin dans les deux cas de ces "bons élèves" dont nous voulions rendre les compétence spécifiques plus visibles et plus lisibles pour favoriser leur appropriation par tous. Ne faisons pas les difficiles : cette insistance sur le patrimoine littéraire est une excellente chose.

Quant à savoir si elles "se prêtent pas ou mal à un travail sur fiches", je ne me hasarderai pas à répondre catégoriquement. J'entends évidemment PAR fiches, mais l'important est qu'il s'agit ici de littérature.

Or, dans ce domaine, tout ne va pas se faire oralement, et devra au moins être préparé. PIVOT lui même n'arrivait pas les mains vides sur le plateau de son émission, ce qui peut suggèrer un travail préalable et un certain recours à l'écrit.

Le domaine littéraire est par ailleurs éminemment subjectif. Si une question de compréhension portant sur un texte scientifique n'appelle en principe qu'une seule réponse "juste", tel n'est pas toujours le cas sur un texte littéraire où l'on peu avoir une lecture très personnelle, où le sens peu dépendre aussi de son propre vécu. Quand on relit une seconde fois ou plus un même livre, on s'apperçoit que l'on y lit plus tout à fait la même chose que la première fois, et cela vaut même pour quelques BD très sophistiquées du genre Astérix. Je veux dire par là que le système très redondant qu'autorise la PMEV en raison de ses options spécifiques pourrait valoir aussi pour la littérature. Des "débats argumentés" seront d'emblée productifs, mais ils pourraient l'être longtemps encore, et plus finement encore, si on se donne du temps pour y revenir.

Tout cela n'est pas simple et, sur ce terrain nouveau, nous manquons évidemment de recul. Mais il est à prévoir qu'il y aura une nouvelle fois de très grandes différences entre les classes de milieux aisés et les classes de ZEP. Pas question de raboter par le bas, et encore moins de nier que cette intrusion de la littérature en ZEP sera une excellente chose tant pour le développement intellectuel que pour la transmission - trop négligée au nom du "droit à la différence" - d'un patrimoine littéraire commun. Mais cette transmission même, en ce qu'elle revêt une importance capitale, mérite peut être que nous ne passions pas par pertes et profits le modeste apport de la PMEV.

Michel Monot