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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2000 - Novembre

De: Michel MONOT <magui@offratel.nc>
À: Francoise BONNET <Soizic@pdq.net>
Cc: Liste PMEV <pedagogie-maitrise@egroups.com>
Objet: [PMEV] Re: PMEV
Date : dimanche 12 novembre 2000 03:10

Bonjour,

Merci pour ce message qui pose des problèmes intéressants pour nous mais dont vous auriez sans doute préféré qu'ils le soient moins.

Je veux bien essayer d'éclairer un peu votre lanterne, grâce au miracle Internet, mais n'attendez pas un nouveau "Que la lumière soit !". Bien qu'on m'ait taxé de "gourou" pour expliquer le relatif succès de la PMEV, ce qui était en effet le plus simple et le plus économique pour les esprits un peu paresseux, je n'ai aucune prétention de cet ordre. Je ne suis qu'un modeste IEN retraité qui, ayant accepté de repousser un peu son départ à la retraite afin de s'intéresser un peu à la Nouvelle Calédonie dont l'école entre autres était en difficulté, a pu mettre ainsi le doigt sur un problème important.

Un petit rappel d'abord : ainsi "baptisée" lors de la création du site sur le mode "Ahmed ben Larbi ben Tahar" pour fixer sa filiation, la PMEV n'est rien d'autre à l'origine qu'une stricte mise en application de la "réforme des cycles", que vous devez connaître. Son nom ne le dit pas, pas plus qu'il ne parle des gènes qui lui viennent de Freinet, parce que "tout dire" dans un seul nom-sigle aurait été trop long. Mais le courant "mastery learning" y est aussi fortement représenté, de même que l'apport de Bandura, lui aussi américain.

Mais l'empreinte la plus forte est évidemment calédonienne, puisqu'il avait fallu répondre aux spécificités de ce territoire qui n'avait connu l'école que très tard et avait donc conservé un mode de transmission des savoirs et savoirs faire qui avait retenu notre attention : à première vue, l'école s'était coupée de ces origines lointaines dont notre entourage spécifique conservait une sorte de fossile vivant, ce qui pouvait se comprendre puisque sa naissance même modifiait radicalement la donne, mais la coupure semble avoir été et être restée trop brutale. Il y a des stades de croissance, que Piaget ou Freud ou Wallon ont tenté de décrire dans leurs domaines respectifs, mais il y a peut être aussi des sortes de stades dans les modes d'apprentissages, que je laisse à d'autres le soin de décrire, m'en tenant strictement aux aspects "pratiques".

Du point de vue pratique, hélas, la PMEV n'a pas réponse à tout. Elle semble cependant offrir une base d'approche interesante qu'il faut adapter au gré des circonstances, et elle est aussi elle même évolutive ou auto-évolutive. Nos propositions initiales pour la production de textes par exemple, démarquées et simplifiées de Freinet en fonction des problèmes spécifiques que nous rencontrions dans la reconnaissance par l'enfant de son "moi" d'une part, mais d'autre part et bien évidemment pour y mettre à profit le parti pris de l'apprentissage vicariant; sont aujourd'hui toujours valables mais auto-dépassées. Là où les choses ont bien fonctionné, où nos premières propositions ont porté leurs fruits, le besoin de rejoindre les normes exigeantes des textes officiels s'est vite fait sentir, et les élèves surfent aujourd'hui avec une bonne aisance sur les catégories textuelles grâce aux ressources spécifiques de l'apprentissage vicariant.

Mais j'en viens maintenant à vos problèmes en m'intégrant à votre texte.

----- Original Message -----
From: Francoise BONNET
To: magui@offratel.nc
Sent: Sunday, November 12, 2000 8:58 AM
Subject: PMEV

Hello,
Je viens de découvrir le site PMEV et pour la première fois, cette méthode pédagogique. Comme je viens de passer plus de 3 heures sur le site, inutile de vous dire que cela m'intéresse. Je suis actuellement en poste à Houston, au Texas, dans une école française. La PMEV m'intéresse beaucoup car j'ai à gérer des enfants aux profils très différents : enfants non francophones, enfants au parcours individuel chaotique, enfants venant d'autres systèmes que le système français, enfants "mal" bilingues : ne parlant ni bien le français, ni bien l'anglais...

Toutes ces particularités, la PMEV les a déjà rencontrées. Mais toutes en même temps, je n'en suis pas très sûr....

Cependant, beaucoup d'aspects pratiques me paraissent très flous : la gestion des fiches, la détermination de la progression. Si j'ai bien compris, on reste dans le programme officiel, mais alors, y a-t-il apport de fiches de besoin.

Que vous dire ? D'abord que la PMEV est plus une approche préventive et par là anti-curative en quelque sorte, qui voudrait éviter autant que faire se peut d'avoir recours à l'arsenal remédiatif des RASED, mais soit dit sans aucun mépris pour ces acteurs spécifiques dont l'aide est plus que jamais précieuse dans les cas qu'elle ne peut pas assumer. Nous avions évidemment repéré que beaucoup d'enfants envoyés vers l'AIS n'auraient jamais du y aller, et nous avions cherché à éviter cette anomalie, commencé même à la réduire, mais cela dans une perspective ouverte, pas du tout réductrice et encore moins manichéenne.

Dans votre cas, j'ai le sentiment, à distance, que des aides extérieures vous seraient bien utiles. Mais pour l'heure, je vous réponds très provisoirement :
1.. Oui, on reste dans le programme officiel ou on essaye de s'y tenir, ce qui n'est pas la même chose.
2.. Mais bien sûr, il vous faudra probablement introduire des fiches de besoin. Faites le sans hésiter, sans oublier jamais cependant que ces fiches risquent de ne pas subir le traitement habituel du "bilan", d'ou le risque d'une perte d'efficacité. Sauf trop grande distorsions de niveaux, essayez de jouer sur les deux tableaux, ce qui, j'en conviens, est facile à dire....
Y a-t-il individualisation des besoins ?

Dans une certaine mesure, c'est certain. Mais, dans les cas ordinaires, nous nous en soucions relativement peu, jouant sur les riches possibilités du bilan pour traiter le problème. Dans les conditions ordinaires, le bilan apporte en effet une variation d'éclairages et une variété d'indices qui répondent assez automatiquement aux besoins constatés, mais peut être devrez vous, dans votre cas spécifique, aider à faire sortir quelques détails qui répondront aux besoins précis que vous aurez identifiés et qui ne sortiraient pas sans votre intervention. Si c'est flou, j'y reviendrai.

Pour l'heure, juste quelques indications, un peu longues je m'en excuse, mais qui pourraient peut être vous aider à y voir plus clair et à ne pas vous disperser, ce qui est facile à dire là encore.
On peut considérer en gros, dans votre situation et en première approche que vos élèves ont deux sortes de besoins : des besoins de rattrapage, pour ce qui concerne toutes les lacunes que vous évoquez, et des besoins d'anticipation, en vue de remplir les conditions d'accès et de "survie" au collège, car j'imagine que votre école est attachée à un collège voire à un Lycée..

Des besoins à court terme et à long terme en quelque sorte, mais la réalité est plus complexe et devrait vous conduire à fixer d'abord un cadre pour le long terme, cela afin de consolider votre dispositif PMEV et de mobiliser plus efficacement vos élèves que vous ne pouvez pas toujours porter à bout de bras.

Si vous anticipez, vous comprendrez que les besoins à plus long terme, définis dans la perspective de la sixième, vont pouvoir répondre aussi à des attentes plus immédiates, c'est banal. Lescompétences notionnelles précises à maîtriser pour le collège leur seront nécessaires pour la sixième mais aussi bien avant. Les compétences générales ou "transversales", non moins exigeantes : mémoire, écoute, attention, prise de parole, analyse de la tâche, persévérance, etc.. etc.. qui vont conditionner le succès au collège vont tout autant faciliter celui de la scolarité primaire, notamment dans le cas de votre classe assez diffciile. D'ou l'intérêt de la PMEV précisément, qui entre dans les programmes par les compétences transversales, y compris langagières, ce qui doit être important pour vos enfants "mal bilingues", et pour mieux servir les compétences notionnelles. Pour dire les choses autrement, vous ne pouvez pas attendre que vos élèves soient "bien" bilingues pour entrer dans les programmes notionnels. C'est en attaquant le notionnel et en parlant beaucoup au bilan qu'ils deviendront de meilleurs francophones, ce qui rejoint les thèses de E. Bautier.

Donc, et c'est là tout le pari de la PMEV et de son emploi du temps très spécial :

a.. Les objectifs "à long terme", ainsi qualifiés pour la commodité de la classification, sont en fait des objectifs qui doivent être visés précocement, ce qui justifie l'approche PMEV, qui peut servir de cadre ou de structure porteuse si vous voulez. Il devrait suffire à vous décharger notamment de votre délicat problème linguistique, mais ne m'en voulez pas si je sousestime votre problème.

b.. Mais c'est aussi ce cadre qui va vous permettre, dans la logique des Textes Officiels insistant désormais sur les compétences transversales, d'initier vos élèves à leur "métier", d'en faire de meilleurs élèves en puissance, qui d'eux même viendront à bout plus vite des problèmes qu'ils vous posent, si je ne suis pas trop optimiste. N'attendez pas de "miracle", je vous l'ai déjà dit, mais comptez que dès le ou les premiers jours il se passera quelque chose.
Il vous suffira de redéfinir le fonctionnement de votre classe, de construire un emploi du temps certes inhabituel mais cohérent, qui prendra en compte presque automatiquement vos différents profils d'élèves par le truchement des apprentissages vicariants, tant comportementaux que procéduraux ou langagiers, et qui vous ménagera aussi un espace pour "observer et comprendre ce qui se passe dans les apprentissages" comme disent les IO, mais qui vous permettra aussi de ne pas vous contentez d'observer, mais d'intervenir discrètement ça et là pour répondre à tel ou tel besoin particulier.
Fait-on toujours des dictées ? (Je les utilise beaucoup comme outil d'évaluation formative individualisée)

Pourquoi pas ? Mais trop individualiser vous donne surtout du travail à vous, alors que nous cherchons plutôt à éviter cette surcharge, ergonomie oblige. Certains de vos collègues font probablement ainsi, d'autres non. Je vais répercuter votre message sur la liste PMEV et ils pourront vous répondre directement sur cepoint et sur d'autres, en attendant que vous vous inscriviez vous même sur la liste si vous le souhaitez, ce qui serait la solution la plus profitable. Mon expérience personnelle, si étayée soit elle, n'a pas la prétention de pouvoir remplacer celle des acteurs qui sont encore dans la course....

Certains témoignages parlent de leçons, mais qu'en est-il du bilan si la leçon est formalisée par le maître à un point donné ?

La situation est assez variable d'une classe à l'autre, en fonction des besoins, des situations, des goûts personnels aussi. Mais la PMEV accepte des situations très diverses.

Si vous aimez faire des leçons, ce pour quoi vous avez été formée, n'hésitez pas. Une partie des élèves va vous suivre, d'autres moins, mais le bilan va venir à leur secours. Ceux qui ont besoin d'exemples pour comprendre, qui auraient besoin d'un enseignement moins formel, vont trouver de quoi se satisfaire à travers les premières prestations de leurs camarades plus habiles à profiter d'un enseignement formel. Ils vont ainsi avancer à leur tour, feront autre chose en attendant, mais la différence de rythme avec les premiers, qui est peut être surtout une affaire de profil formel/informel, ne sera pas dramatique. Au terme de notre période de référence de trois semaines, on retrouve tout le monde à peu près sur la même ligne de départ.

Si vous n'êtes pas en état de manque, ce qui n'est pas pour moi un signe de grave désinvolture professionnelle, jouez de façon classique sur des fiches d'entrée plus ou moins inspirées de l'enseignement programmé, qui conviendront bien aux profils classiques des bons élèves, mais pas trop mal non plus aux "informels". La suite se ramène au cas précédent, en gros.

Mais globalement, il est sûr qu'en PMEV les leçons changent un peu de point d'appui. Ce sont très rarement des leçons d'introduction, plus souvent des leçons d'étapes plus ou moins imporvisées - horreur !!! - à la suite d'un bilan qui met en évidence un besoin spécifique, ou encore des leçons de synthèse, de consolidation, de rebondissement ou de transfert.

Pour répondre plus précisément à la deuxième partie de votre interrogation, qu'une leçon apparaisse en cours de parcours ne va pas radicalement modifier le moment de bilan. Si vous estimez que tel élève doit quand même passer au bilan sur une question donnée et déflorée par la leçon, un petit retour sur le sujet ne fera pas de mal, puisqu'il s'agira d'une question qui justement a fait problème.

Petites réflexions que je vous livre en vrac, comme elles me sont venues en lisant les articles et les fiches de votre site.

Petites réflexions qui auront occupé un peu de mon temps dominical car elles ne manquaient pas d'intérêt. J'espère seulement que cela n'aura pas été en vain et que vous y verrez un peu plus clair.

Pouvez-vous éclairer ma lanterne ?
Merci d'avance.

Que la lumière circule...!

Soizic

PS : J'ai pris beaucoup de notes sur le rapport Ferrier, que j'ai trouvé passionnant. Est-il possible de se le procurer ?

Passionnant en effet. Et douloureux aussi : c'est le témoignage d'un homme qui tente de sauver ce qui peut l'être d'un projet politico-pédagogique ambitieux (les IO89) malmené par les aléas de la politique ordinaire, bien que Bayrou ait relativement respecté le travail de son prédecesseur sur ce point, non sans courage d'ailleurs car l'aile dure de son camp le poussait à tout foutre à l'eau. Il avait même entrevu les possibilités de l'apprentissage vicariant lorsqu'il suggéra que les maîtres de CP aillent visiter les classes des meilleurs d'entre eux. Une idée valable, mais qu'il aurait fallu tempérer, vendue dans un style plus feutré que celui de Claude Allègre mais néanmoins aussi mal reçue, et accomodé de références à la loi Falloux qui ne pouvaient rien faciliter !.... Ah que notre histoire est lourde, et pernicieuse pour les principaux intéressés, les maîtres et les gosses !

Je vous passe une adresse de téléchargement dès que je la retrouve.

soizic@pdq.net

Note aux francophones PDQ veut dire Pretty Damn Quick, il ne faut rien y voir d'autre !

Votre précision n'est pas inutile : bien que la liste PMEV soit bien fréquentée, les esprits farceurs n'y manquent pas !

Bon courage à vous. Si vous souhaitez rejoindre la liste PMEV, il vous suffira de cliquer sur le lien ci-dessous.

Bien cordialement,

Michel MONOT
magui@offratel.nc
Pédagogie de Maîtrise à effet vicariant :
http://www.offratel.nc/magui
Inscription liste PMEV :
http://www.egroups.com/subscribe.cgi/pedagogie-maitrise

"Nous ne vous demandons pas de répéter nos formules, mais de vous en servir pour découvrir ce que nous n'avons pas encore découvert." (Gaston BERGER)

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