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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2000 - Septembre

De: "Michel MONOT" <magui@offratel.nc>
À: <pedagogie-maitrise@egroups.com>
Cc: "Liste Freinet" <freinet@cru.fr>
Objet: [PMEV] Re: 3 lettres - Eric Vermeulen, Jacques Bert, Jean Marc Reboul
Date : samedi 30 septembre 2000 20:47

Evoquant les échanges aigre-doux sur la liste Freinet à propos de la PMEV, auxquels je me
suis cru obligé de participer pour demander et essayer d'entretenir un vrai débat, pour
rappeler aussi que Le nouvel Educateur m'avait demandé un article, Eric Vermeulen a écrit
:

"On peut peut-être s'éviter ça ici, et se limiter aux messages dont le seul
souci est de mieux prendre en compte l'intérêt des enfants, même si ce n'est
qu'avec nos maigres et maladroits moyens."

Je suis entièrement d'accord, et il me semble que je m'en tiens depuis toujours à cette
règle tacite qui reflète ma philosophie profonde mais aussi la vôtre, et cela transparait
clairement de la masse déjà imposante des messages de la liste.

Et Jacques Bert, qui n'a jamais failli lui non plus à cette règle, ajoute avec quelque
humeur contre ceux qui semblent avoir une autre vision des choses ou du moins s'amusent à
nous le faire croire :

"Moi, le terrorisme intellectuel de quelques post-soixante-huitards attardés ne me fait
plus rire, ni même sourire., car il peut empêcher une nouvelle génération d'enseignants de
progresser. C'est avec ce genre de dogmatiques que Freinet a eu à se battre en son temps."

Tout est vrai ici de ce qui concerne Freinet. J'aime assez cette vue perspective de
l'histoire, de l'histoire du Mouvement Freinet en particulier, et je rappelle à ce propos,
pour essayer de la faire mentir, une autre loi de l'histoire : les minorités opprimées,
lorsqu'elles arrivent au pouvoir, pratiquent souvent à leur tour l'oppression, ce qui est
d'ailleurs en partie la faute de l'apprentissage vicariant.....

Et Jacques Bert ajoute ce propos cruellement réaliste :

"A toutes les époques, il y a eu, il y a et il y aura des gens pour ne pas comprendre que
le monde bouge plus vite qu'eux, et qui encaissent mal de devenir obsolètes, désuets ou
ringards parce qu'ils se croient porteurs de vérités éternelles reçues d'un messie."

J'aurais envie d'ajouter : "malgré lui", "messie malgré lui", mais ce mot "messie"
précisément me gêne. Car si ma dette personnelle envers Freinet est immense, je l'ai déjà
dit, j'ai connu peu de gens qui, pour avoir admiration et révérence envers ce grand
défricheur qu'était Freinet, en perdaient devant lui tout esprit critique.

Quoi qu'il en soit, Jean Marc Reboul n'est pas de ceux là, il est au contraire très
prudent, se méfie visiblement de toute inféodation, mais il réagit vivement au propos de
Jacques Bert.

"Voilà le genre de réactions qui me donne des frissons ... d'horreur et qui ne servent pas
à faire avancer le débat, mais plutôt à révéler comment certaines idées peuvent devenir
perverses quand elles sont réappropriées par des personnes intentionnées. Je veux parler
du débat sur les sur-doués dont Jacques Bert est le héraut... Je n'en dirai pas plus.
Comprenne qui pourra ou qui voudra. Pour moi, la PMEV va devenir de plus en plus louche."

Tous les avis sont respectables, mais ce qui me gêne le plus ici c'est très précisément le
nom de l'école de Jean Marc : "Gaston Bachelard". Un auteur que j'ai beaucoup lu, bien
après Freinet, mais beaucoup plus que lui, pour la simple raison qu'il est assez difficile
mais que tout ce qu'il a écrit nous concerne plus ou moins directement. Parfois même très
directement, y compris dans le débat d'aujourd'hui.

Bachelard aime bien mettre les choses en perspective. Il s'est penché sur l'histoire des
sciences, qui va de l'ignorance totale aux croyances naïves puis aux savoirs constitués.
La grande règle de tout cela, la constante même : un jour, un "fait polémique" jette le
désarroi dans les connaissances les plus sûres et nous fait progresser.

Quand j'ai reçu le premier message de Jacques Bert, j'ai eu quelques secondes d'inquiétude
avant de me rappeler fort à propos du message de Gaston Bachelard. Dans notre vision très
"justicière" de la société et du fonctionnement de l'école, qui est et reste la mienne,
non pas dans sa version voeu pieux ni fuite en avant mais dans sa version d'abord réaliste
et combative, nous pensons que les surdoués ce n'est pas notre problème et que l'idéologie
du don, en plus, ça suffit comme ça.

Je dois dire que jusqu'à Jacques Bert et à son combat à contre courant des idées reçues,
je voyais les choses ainsi et que ma longue imprégnation bachelardienne n'y changeait
rien, mais qu'elle m'a quand même in extremis sauvé au moins provisoirement de l'erreur
d'analyse. Nous ignorions l'ampleur de l'échec des "surdoués", et nous ne soupçonnions
même pas qu'il puisse exister, d'autant que nous ne voulons même pas - mais c'est un
autre problème sur lequel Reuchlin peut encore nous aider - entendre parler de "dons".

De savoir que les "surdoués" puissent échouer à l'école est terriblement gênant. C'est un
"fait polémique" aurait pu dire Bachelard, qui nous oblige à repenser nos conceptions
actuelles et pourrait nous mettre sur la voie d'une vision plus fructueuse des problèmes
qui nous préoccupent, celui de l'intérêt des enfants au premier chef. Nos "maigres et
maladroits moyens" actuels pourraient en effet s'enrichir de quelques éclairages
efficaces, ce qui est déjà le cas avec ceux de Reuchlin et Lautrey en particulier. Mais le
problème des "surdoués" est probablement un de ceux qui nous a trop longtemps échappé, et
qui appelle une réponse digne de nos traditions : les élèves improprement dits "surdoués"
ont aussi droit à la réussite, et leur réussite servirait de bien des manières l'intérêt
des plus malchanceux, et celui de la société toute entière.

Bien cordialement,

Michel MONOT
magui@offratel.nc
PMEV : sur ce problème précis, pour ne pas cultiver l'idéologie du don mais pour s'en
libérer en abordant clairement le problème des "facteurs socio-économiques du
développement cognitif", voir :
http://www.offratel.nc/magui/Meireuch.htm

Inscription liste PMEV :
http://www.egroups.com/subscribe.cgi/pedagogie-maitrise

Et comme toujours, comme aurait pu dire aussi Freinet :

"Nous ne vous demandons pas de répéter nos formules, mais de vous en servir pour découvrir
ce que nous n'avons pas encore découvert." (Gaston BERGER)

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