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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2000 - Juin

De: "Michel MONOT" <magui@offratel.nc>
À: "Michel Barrios" <michel.barrios@wanadoo.fr>; <listecolfr@cru.fr>
Cc: "Liste PMEV" <pedagogie-maitrise@egroups.com>
Objet: [pedagogie-maitrise] Re: Jack Lang parle...
Date : jeudi 22 juin 2000 08:19

Michel Barrios a écrit avec sa verve habituelle :

----- Original Message -----
From: Michel Barrios <michel.barrios@wanadoo.fr>
To: <listecolfr@cru.fr>
Cc: Liste PMEV <pedagogie-maitrise@egroups.com>
Sent: Wednesday, June 21, 2000 12:45 PM
Subject: Re: Jack Lang parle...


| Bon, il parle encore un peu de Reuchlin, que personne n'a lu, mais c'est
| pour appuyer la bonne cause, et nous inciter à le lire. Chacun son talon
| d'Achille....

Je ne veux pas inciter à une lecture qui, pour interessante qu'elle soit, n'a pas toujours
d'utilité immédiate et n'est pas à proprement parler "pédagogique". Mais je tiens quand
même à souligner que c'est une idée de celui-ci qui m'a permis de faire progresser la
bonne cause.

| Et ceci n'était pas le début d'une polémique, ni d'une moquerie gratuite,
| mais simplement le clin d'oeil du béotien que je suis . Du petit instit de
| province un peu merdeux.

Reuchlin l'avait été aussi, et moi aussi, en toute modestie ou en toute fierté. C'est sans
doute ce qui lui a permis de nous filer cette idée géniale et pourtant si banale. Et à moi
de comprendre qu'il fallait s'accrocher à cette suggestion dont d'autres pontes n'auraient
pas eu l'idée. Il fallait en passer par un vocabulaire inhabituel, mais le jeu en valait
la chandelle je crois.

Une gentille ironie que Michel Monot me
| pardonnera , j'espère, s'il a l'esprit aussi large que sa pédagogie.

Je suis mal placé pour en juger. Mais on m'a fait souvent le reproche de les avoir trop
larges alors il doit y avoit quelque chose de vrai de ce côté : c'est mon grand défaut
mais je l'assume.

l' évaluation le plus tôt possible et la plus précise
| possible, dit Mr Jack Lang...
| Ca m'inquiète.

Moi aussi. Ce n'est pas un parti pris. Evaluer très tôt, et donc avant les apprentissages,
c'est ce que je préconise par ailleurs mais sous une forme différente car elle
appartiendra surtout à l'élève, un élève déjà mûr et qui murira davantage grâce à cete
apprentissage de l'évaluation de soi par soi. Pour ce qui est d'une évaluation à l'entrée
du CP, ce n'est pas la même chose et ce peut être la pire des choses. La façon dont en
parlait Ferrier dans son rapport était assez modérée. L'idée qui la sous-tend est celle de
prendre la mesure d'une certaine maturité, mais cette maturité peut se développer à partir
des premiers apprentissages, et les maîtres de CP savent généralement travailler dans ce
sens.

Il y a dans la pensée pédagogique actuelle, dans celle des dirigeants plus que dans celle
des pédagogues d'ailleurs, une valorisation de l'évaluation qui tourne à l'obsession. Si
une évaluation peut faire barrage à l'entrée au CP, cela devient - hors cas particuliers
que je me garderai bien de définir - scandaleux. Cette obsession de l'évaluation, perçue
comme moyen de réguler et surveiller le système, contribue en fait à sa perte. Elle
empêche ces mêmes dirigeants de comprendre que l'évaluation efficace est celle qui
s'intègre à l'acte d'apprentissage, l'évaluation "formative" donc et l'évaluation
"formatrice". Cela n'est pas dit assez clairement car l'insistance sur
l'évaluation-remédiation brouille un peu les cartes. Lang est sans doute un bon pédagogue
politique mais pas un spécialiste des apprentissages fondamentaux, et son discours
politique en souffre, le départ de Meirieu n'ayant rien arrangé. La chasse aux
"pédagogistes" que nous avons connue ne devrait pas contaminer le monde de la décision
politique : si le discours des "républicains" n'était pas toujours dénué de sens, il
reposait quand même sur une vision très péjorative de sa cible.

| Reste plus qu'à remplacer le mot "évaluation" par le mot "diagnostic", et
| le mot "remédiation" par le mot "remède". Ils sont déjà de la même famille,
| les mots remédiation et remède...

Oui, mais remédiation peut aussi s'écrire re-médiation, avec un sens déjà différent donc.
Non pas refaire ce qui a été mal fait, mais le reprendre autrement.

| La remédiation n'est qu'un constat d'échec.

C'est un peu vrai, mais c'est aussi la volonté politiquement affichée de ne pas accepter
l'échec. Ce qui est vrai aussi - je dis même surtout - c'est que mieux vaudrait prévenir
cet échec plutôt que d'avoir à le guérir, car la guérison n'est jamais totale. Il reste
des stigmates. C'est le point faible du discours de Lang, qui compte à juste titre sur
l'introduction effective des dimensions artistiques pour élargir les possibilités de
réussite et de rattrapage affectif, mais qui admet implicitement comme une fatalité des
échecs auxquels il faudra essayer de remédier alors que le moyen de les prévenir n'est pas
envisagé.

| C'est fournir un appareil respiratoire plutôt qu'une école de plein air, de
| pleins poumons.

L'image est assez juste. Mais le raisonnement par image a ses fragilités, au point que
d'aucuns les rejettent par principe sans prendre en compte leur part de vérité. Dans le
cas présent, cette part de vérité est importante et je la partage.

| Monsieur le nouveau ministre de l'Education Nationale, bâtir sa nouvelle
| politique de l'éducation sur l 'évaluation-remédiation, c'est parier
| d'entrée sur l' échec.

Tu es un peu dur et on ne peut pas tomber dans le procès d'intention même si il y a là un
vrai problème dont Lang n'est sans doute pas conscient.
Mais je vais en même temps un peu plus loin dans l'analyse, au risque d'être finalement
encore plus dur. En me gardant des excès de langage et autres procès d'intention, je pense
qu'une politique basée principalement sur l'évaluation-remédiation non seulement parie
comme tu dis sur l'échec, mais elle pourrait réellement fabriquer de l'échec. On ne peut
légitimer une telle politique bien intentionnée que si on en perçoit les risques d'effets
pervers et qu'on cherche à les prévenir. Il faut alors mettre en place en même temps et en
amont une politique d'initiation à l'auto-évaluation comme moteur des apprentissages et
préparation au "métier" d'élève. C'est là affaire de pédagogie et c'est là que j'appelle
Reuchlin au secours, tout en montrant que Freinet avait vu juste en nous invitant à
laisser l'enfant choisir son travail puisque c'est ainsi qu'il va pouvoir faire
l'apprentissage de l'auto-évaluation.

L'enfant a le droit de pouvoir apprendre avant d'être évalué, et il ne peut apprendre que
s'il a d'abord appris à s'évaluer lui même, à faire la part entre ce qu'il sait et ne sait
pas, à cerner avec précision ce qu'il doit parvenir à faire. Il a le droit de faire
aujourd'hui les apprentissages qu'il a manqués autrefois pour pouvoir en faire d'autres,
ce qui peut justifier la formule évaluation-remédiation mais, pour refaire avec succès
cette fois ces apprentissages manqués, il aura besoin de procéder autrement. On n'a pas
le droit de noter un apprentissage en train de se faire, un apprentissage dont on ne sest
pas assuré que l'enfant était assez outillé pour le tenir à sa portée et le piloter
finalement en grande partie lui même.

ne politique de l'éducation doit développer d'abord

| Les "remédiations" ne se font-elles pas déjà à heures fixes? Dans un
| endroit et un contexte déjà fixés?
| Le moment d'apprentissage méthodologique n'a-t-il pas déjà été chronométré
| ? Et placé en fin de journée , comme dans n'importe quel hôpital de France
| et de Navarre ?

La PMEV dont tu me reprocheras encore de parler place cette phase d'apprentissage
méthodologique tout autrement, à mi-matinée ou en début de matinée parfois, ce qui permet
dans ce dernier cas de reprendre la classe en mains et de nettoyer les esprits embués par
la TV du matin. Mais surtout, cette phase est toujours en interaction avec le travail en
cours qu'elle permet d'étayer.

Je vais ici sauter une bonne partie de ton message, car je crois avoir insisté sur
l'essentiel.

| Parce qu'on ne remédie pas, chez nous.
| On médie à la base.

C'est aussi le cas en PMEV. Mais ne médisons pas...

Bien cordialement,

MM

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