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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 1998

From: Chris. Mathieu  <cmathi02@xxxxxxxxxxxxx.xxx>
Date: Sat Dec 5, 1998 6:05pm
Subject: Re: Remédiation et compétences


Parlant de trois enfants qui lui posaient il y a quelques semaines d'énormes problèmes, Christine Mathieu écrit :
"Ils sont capables, en regardant l'exercice dans le livre, de dire s'ils vont le faire ou non".

Certains penseront peut être : "Mais à quoi ça l'avance ? Cette compétence n'est pas sur la liste officielle !".  
Les optimistes leur répondront que ça prouve au moins qu'ils savent LIRE !... mais qu'en effet cette compétence n'en est pas une...
Ces 3 enfants ne savent pas ce qu'ils savent. Avec ce que je faisais au tout début de l'année, ils ne prenaient aucune décision. Tout ce que je demandais était imposé car ils ne participaient pas à la phase dite "de découverte", seuls les meilleurs le faisaient. Ils auraient été capables de réussir une bonne présentation de leur cahier sous la menace, mais qu'en serait-il resté quelques mois plus tard?  
A présent, ce sont eux qui décident. Peu importe ce qu'ils décident (je suis là tout de même...), il faut qu'ils décident pour eux-mêmes. Le fait de se projeter dans l'avenir, d'aller au bout ou non d'un travail (de par sa propre décision), a permis, j'en suis sûre, à ces enfants de se construire un peu.
J'avais réalisé une évaluation en septembre. Il s'agissait dans un des exercices de compléter des suites de nombres. Ces 3 élèves (et d'autres) n'avaient compléter qu'une seule suite sur 6 proposées (0.1.2      ...   10). J'avais pourtant surveillé la classe comme il se doit, en encourageant à aller plus vite, en regardant et sermonnant le moindre nez en l'air. L'exercice me paraissait des plus simples. Pour palper ma réussite (ce qui est difficile en CE1 et CE2, je reste souvent insatisfaite car les progrès sont très différents pour chaque élève surtout pour les plus faibles), j'avais décidé de faire les mêmes évaluations deux mois plus tard, sans bachotage. Je n'ai même jamais travaillé les suites de nombres depuis septembre, ni même corrigé ces exercices. J'ai pu ainsi contenter mon égo car après deux mois (comme juillet et août en somme), tous les élèves de la classe ont réussi au moins 3 des suites proposées (dont une à rebours). Tous les élèves ont présenté correctement leur travail (alors que je n'ai donné aucune consigne de départ. Les enfants venaient chercher les exercices les uns après les autres, au fur et à mesure de leur réalisation). Je n'ai surveillé personne, je n'ai encouragé personne, la consigne était "Vous faites ce que vous pouvez faire."
Je ne parle pas du reste des évaluations (une lecture/questions, une dictée type CM2, des opérations, des nombres à écrire en chiffres et en lettres, une expression écrite...) dont les résultats ont été également gratifiant et même très gratifiant pour certains. Je conseille d'ailleurs à ceux qui ont envie de retrouver un peu confiance de procéder au moins une fois ainsi, rien que pour se remonter un peu... sauf s'ils ont des collègues optimistes et encourageants bien entendu...  

Revenons à mes 3 élèves en difficulté. Je pense que le fait d'organiser son travail seul, de faire des choix, d'anticiper, a permis une acquisition certaine de quelques méthodes de travail. Bien sûr, certains diraient qu'elles sont infimes, moi je ne le dis pas. Réussir une suite logique de nombres, c'est peut-être réussir un rythme, mais pour réussir un rythme, il faut s'être organisé, s'être construit une stratégie.    Il est bien difficile d'expliquer ce qui se produit lorsque l'enfant réussit à se construire, mais la satisfaction qu'il en éprouve le pousse certainement à aller plus loin. Je pense que c'est pour cela que leur comportement commence à changer.   
Les résultats obtenus par Christine dépendent évidemment d'abord de son talent et de cet acharnement dont nous avons été témoins sur la liste PMEV. C'est à dire de son parti pris d'expérimenter une organisation de classe qui lui semblait présenter des signes de cohérence et qui lui a permis de dégager :

      a.. du temps pour mieux investir son talent et son expérience,
      b.. des moyens pour libérer le talent de ses élèves et débrider leurs efforts. Mais quoi de neuf ? Pourquoi ça marche ? Il dit quoi l'Inspecteur ?

Pour que cela marche, il faut que mes plus faibles marchent. Le reste de la classe est toujours au travail.
Quoi de neuf? D. était tout étonné au cours de l'évaluation individuelle de ce matin de découvrir qu'il savait ce qu'était un verbe... Les exercices qui autrefois le décourageaient d'avance, il les regarde d'un autre oeil, je pense. Et puis, cet enfant adore passer au bilan, c'est un futur acteur...   V. choisit toujours lecture, tous les matins... elle sait qu'elle vient lire avec moi ensuite, c'est un plaisir, même si c'est difficile. Elle a fait des progrès énormes en lecture orale et s'est même proposée pour lire un texte pendant un bilan.   Quant à M., il y a des hauts et des bas. Elle veut refaire les exercices qui ont déjà été réalisés, ce qui prouve qu'elle est sensible à la réussite et que je n'ai pas encore perdu la partie. Les changements: Lorsque les enfants rentrent de récréation, ils se remettent tous (et c'est vrai) sur leur travail. Si je traîne un peu avec mon collègue, certains m'attendent pour obtenir leur exercice, j'ai à peine le temps de m'asseoir. Ils réussissent à repérer au bout de trois jours dans quel livre se trouve l'exercice qu'ils cherchent (à force de les voir au bilan bien sûr). Ils veulent presque tous participer au bilan, j'ai décidé de prendre les exercices par matière. Ils arrivent presque tous à gérer leur temps (deux exercices courts, un exercice long) pour les élèves moyens. Ils bavardent beaucoup moins (je leur ai imposé le silence en leur disant qu'on avait pas le droit d'aider un camarade). Ils sont beaucoup plus actifs pour les matières de l'après-midi. Difficiles de faire un tout pour tout le monde, les changements sont très différents suivant les enfants. Mon futur remplaçant a passé une journée dans la classe. Il dit avoir perdu ses repères le matin et les avoir retrouvés l'après-midi.

Pourquoi ça marche ?

Après 6 semaines, peut-il s'agir d'un attrait pour la nouveauté ? Non. Pour le groupe fort: Un travail incessant, c'est ce qu'ils attendaient; ne plus patienter pour attendre les autres. Des échanges très constructifs pour eux, ils aiment partager, discuter sur leurs savoirs (les éprouver aussi). Etre mis en valeur plus souvent.   Pouvoir toucher à tout quand ils en ont envie. Pour le groupe du milieu: Un travail incessant, sans être pressés par le temps; ils vont à leur rythme, ils ont le temps de finir. Ils aiment partager mais se taire aussi parfois. Ils aiment cette place qu'on leur propose. L'impression de réussite est grande. Pour le groupe des plus faibles: Etre libres d'aller et venir. Ne pas être contraints par la maîtresse. Réaliser un exercice seuls (sans l'aide de l'adulte). Pouvoir montrer aux autres qu'ils ont réussi. Partager la lecture avec un adulte (cela peut paraître curieux, mais je suis obligée de le dire).

Pourquoi ça ne marchait pas avant ?

Parce que je n'avais pas le temps de m'occuper d'eux. Cela m'énervait de voir qu'ils ne comprenaient pas. J'avais fortement tendance à dire que je n'y pouvais rien, que cela dépendait d'eux et qu'avec leur milieu ce n'était pas étonnant. Mais quelque part, je pensais et je pense toujours, qu'il n'y a pas d'enfants non motivés, il n'y a que des enfants en difficulté.

A bientôt,

Christine Mathieu
Institutrice Ecole d'Hartennes-et-Taux (02) cmathi02@c... www.ac-amiens.fr/ecole02/ecole_hartennes

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