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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2002 - Mai

De: <VINCBRETON@aol.com>
À: <pmev@cartables.net>
Cc: <Maitreformateur@aol.com>
Objet: Re: [pmev] EIP
Date : dimanche 26 mai 2002 12:18

Bonjour,

La lecture de ce fil m'invite à quelques réflexions concernant le traitement
de la diversité des capacités de nos élèves.

Nous évoquons d'un côté "l'échec d'en bas" pour reprendre une terminologie en
vogue dans d'autres sphères.
Il s'incarne dans l'illétrisme et suppose-t-on majoritairement au sein d'une
population en difficulté sociale.

A cet échec, l'institution a tenté de répondre sans vrai succès par la
discrimination positive (qui ne s'est pas vraiment traduite dans les faits)
et par exemple par des réponses intéressantes mais trop récentes pour être
évaluées comme les Projets Personnels d'Aide et de progrès (P.P.A.P.) dont
j'ai regretté bien vite qu'ils ne s'adressent qu'à l'élève en échec et non à
tout élève car il me semble que tout élève est capable de progrès.

J'annonce toujours à mes élèves en début d'année qu'il n'y a pas de "bon" ou
de "mauvais" élève mais seulement des élèves capables de faire des progrès.

Nombre de personnes ont longtemps défendu que pour ce public défavorisé, il
fallait travailler "les bases" en sous-entendant finalement que "le culturel"
constituait un luxe facultatif.
Ce sont ces personnes qui défendent les "classes de niveau".
Il n'en est rien et les travaux de Chauveau ont témoigné de l'urgente
nécessité du "bombardement culturel".

Je pense d'ailleurs que l'enseignant du primaire comme du secondaire doit
lui-même être "cultivé" pour contribuer à donner de la saveur à son
enseignement comme disait Barthes, et surtout du sens aux apprentissages.

A cet échec "d'en bas", répond celui "d'en haut".
Si l'enfant précoce devrait légitimement se rencontrer partout, il se croise
généralement dans des milieux favorisés culturellement (et souvent
socialement), ou plutôt, l'enfant précoce des milieux défavorisés reste
souvent ignoré.

La précocité telle qu'on la définit, se traduit surtout dans les faits par
une très bonne maîtrise du verbe et des personnalités fortes, dont le
raisonnement prend parfois des chemins de traverse ou non "traditionnels". Le
précoce est fréquemment une sorte d'autodidacte qui prélève des indices pour
construire seul sa démarche.

Le cas est typique en lecture où l'enfant précoce va se passer de méthode
pour apprendre à lire, il va analyser lui-même à partir de ses expériences
propres le pluri-système de la langue.

Leurs modes de représentation font que certaines étapes méthodologiques
proposées au plus grand nombre sont pour eux des obstacles fastidieux qui
détournent du but essentiel. C'est un peu comme si l'on demandait à une
personne sachant conduire de formuler à chaque fois qu'elle aura recours à
l'embrayage et changera de vitesse. C'est l'accident assuré.

Je me souviens autrefois, de ces collègues bien ennuyés qui décelaient dans
leur classe "un enfant qui en savait trop" et "disait tout" trop vite.
Après des négociations embarrassées, ils envoyaient ces élèves au niveau
supérieur le séparant de sa cohorte d'âge, suscitant d'autres difficultés.

J'ai souvent accueilli ce type d'élèves qui pouvaient même parfois être
rejetés d'autres classes, d'autres écoles.
Cette année, il y a dans ma classe, deux élèves "en passage anticipé" et dont
l'un à fait "exploser" les batteries de la psychologue scolaire.

Mais il ne se passe pas une année sans que je ne découvre des élèves aux
compétences de raisonnement particulièrement développées.
L'an dernier, par exemple, mis en confiance, l'un de mes élèves était capable
de résoudre un problème de mathématique avec questions "enchâssées" et
multiplications à trois chiffres... à peine le problème écrit au
tableau..mais le tout renversé sur sa chaise, sans recours à l'écrit et au
début de l'année, balançant, je dirai même au début, "gueulant" ses réponses
comme "une bonne blague" car il ne se croyait "pas intelligent"... et
n'aurait pas été étonné qu'on lui dise que c'était faux.
Malgré ses immenses progrès, la confiance gagnée et la violence fortement
réduite au CM2; malgré le lien fait avec le collège, cet élève a été exclu
dès la fin du premier trimestre de sa classe de sixième pour des faits de
violence. Il ne bénéficie que d'une faible reconnaissance familiale et le
scolaire l'a rejeté. Cet échec j'y pense souvent.

Lorsque j'attire l'attention sur de tels cas, on me prend souvent pour une
sorte d'illuminé généreux, mais c'est très rarement que l'on en tient compte,
surtout en ZEP... d'autant que ce n'est pas la famille qui parle à peine le
français qui va venir réclamer.

Pourtant, l'observation attentive des élèves les plus violents m'a montré des
enfants qui placés dans de bonnes conditions se montrent vite capables de
raisonnement de haut niveau. Ils ont de plus une maturité et une expérience
personnelle qui leur permettent de résoudre toute une série de situations
problèmes (observation de la langue ou en mathématique, expériences en
sciences...) avec une très grande pertinence.

Ce que je voudrais dire ici, c'est qu'il me semble en réalité que la question
ne touche pas simplement "les enfants précoces".
Bien entendu, leur situation doit trouver une réponse adaptée.
Mais je crois qu'il faut plutôt se poser la question de la place accordée à
l'intelligence dans l'enseignement.

Autrement dit, les cheminements que nous proposons sont souvent univoques et
restreints.

Il y a des années, Gabriel Racle, dans "la pédagogie Interactive" chez Retz,
évoquait déjà les différentes formes d'intelligence ou les diverses approches
possibles des concepts.

Le discours scientifique a évolué depuis, les connaissances sur le
fonctionnement du cerveau ou le raisonnement logique ont progressé.. mais
cela a eu très peu d'effet au fond sur les pratiques.

L'ambiguïté du discours sur les "surdoués" appelés pudiquement "précoces"
aujourd'hui c'est qu'il suggère une aristocratie de l'intelligence. Le débat
devient vite politique.

Isolé, l'élève précoce peut être rassuré au contact d'autres qui lui
ressemblent.
Mais plus tard, quand des adultes qui ont réussi le QI se retrouvent dans des
clubs fermés, on se demande ce qu'ils cultivent.

Il existe autour de cette question toute une série de représentations
sociales ambiguës.
On confond souvent le culte de la différence avec le respect de l'individu et
le droit à la ressemblance.
On oppose trop créativité et exigence, on mélange faits de langage et
concepts.

Nous acceptons peu la remise en question de nos certitudes.

L'intérêt des travaux menés par la PMEV c'est qu'il me semble être en
présence d'une démarche qui n'est pas enfermante et qui ne s'adresse pas à
une typologie d'enfants.

Mais il me semble que le débat ne fait que commencer.
Par provocation mais aussi par devoir laïque et républicain, je dirai que
pour moi, chacun de mes élèves est un "surdoué". Ce qu'il faut c'est trouver
"en quoi" ou "comment", quelles sont ses constructions logiques, comment
l'aider à se débarrasser des obstacles qui l'empêchent d'y voir clair.
Peut-être d'ailleurs ces obstacles, ce sont nos pratiques qui les mettent sur
le chemin de l'élève.
Autrement dit, souvent, il faudrait nous interroger sur ce que nous mettons
en place pour "empêcher d'apprendre ou de comprendre bien".

Pour avoir été confronté par ailleurs au handicap mental, je dirai que là
aussi nous avons à travailler pour aider l'individu que nous avons face à
nous à faire sa place, s'exprimer, tisser sa relation au Monde et apporter sa
touche personnelle.

Psychologie, sciences, philosophie, politique... ce débat touche vraiment aux
fondements.

Je pense que la réponse à apporter à ces questions doit concerner non pas
seulement l'enfant précoce, mais la place de l'intelligence à l'école ( y
compris chez les enseignants... car combien ont eu l'occasion de s'interroger
sur leurs propres représentations mentales ? de voir leur créativité ou leur
raisonnement valorisés ? ).

Intelligence (raisonnement) , langage, culture dans un espace (l'école)
ouvert à tous les enfants; où l'on tienne compte des personnalités sans
sombrer dans le psychologisme, des diversités individuelles, sociales... dans
la ressemblance (citoyenneté, laïcité, accès égal aux droits, progrès
social).

Bon dimanche !

Vincent Breton
Professeur des écoles maître-formateur

http://prepaclasse.ifrance.com


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