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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2002 - Mai

De: "Michel MONOT" <magui@offratel.nc>
À: "PMEV liste" <pmev@cartables.net>
Objet: [pmev] Interview Meirieu
Date : mardi 14 mai 2002 08:08


Entretien avec Philippe Meirieu, directeur de l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Lyon


. LE MONDE | 13.05.02 |

Le Monde .-L'un des facteurs de "l'insécurité" économique et sociale est l'absence ou le bas niveau de qualification : 9 % d'une classe d'âge sort chaque année du système scolaire sans diplôme. L'une des caractéristiques de l'électorat de M. Le Pen est un faible niveau d'études. Que vous inspire ce constat ?

Philippe Meirieu .- On pourrait se réjouir de cette corrélation, qui signifierait qu'un bon niveau d'instruction permet de prendre de la distance par rapport au discours extrémiste. Ceci conforte la conviction que le combat pour l'éducation est plus que jamais d'actualité, bien qu'il ne soit pas apparu dans la campagne électorale !

Mais on peut aussi y voir un signe inquiétant. Tous les enfants sont aujourd'hui scolarisés, au moins au niveau du collège ; ils acquièrent, en principe, les savoirs nécessaires à l'exercice de leur statut de citoyen et peuvent tous, en théorie, accéder aux études longues et aux filières prestigieuses.

En réalité, nous n'avons fait que démocratiser l'accès sans démocratiser la réussite. Nous avons ouvert les portes de l'école sans donner à tous les élèves les moyens de s'y intégrer. Nous avons généralisé des méthodes pensées pour des enfants qui trouvent leur panoplie de bon élève au pied de leur berceau. En expliquant aux autres qu'ils pouvaient réussir, mais sans leur en donner les moyens, nous les avons humiliés. Quand on ne pouvait pas accéder aux études, on pouvait toujours dire que la bourgeoisie écartait les enfants du peuple. Maintenant que les enfants du peuple sont à l'intérieur du système, mais en situation d'échec, ils ne peuvent plus s'en prendre qu'à eux... ou aux enseignants ! D'où le sentiment d'avoir été trompé et les réactions d'agressivité que l'extrême droite sait parfaitement utiliser.

Le Monde .- N'y a-t-il pas aussi un fossé croissant entre la "culture scolaire" et celle des jeunes, en particulier "défavorisés" ?

Philippe Meirieu .- Il y a un fossé sociologique qui ne cesse de s'accroître : le corps enseignant n'est pas à l'image de la population française ; la classe ouvrière et les générations issues de l'immigration y sont sous-représentées. Trop d'enseignants ignorent tout des publics auxquels ils vont enseigner ; certains n'ont pas reçu la formation pédagogique minimale et se durcissent à la première difficulté.

Ce ne serait toutefois rendre service à personne que de sacrifier les valeurs de l'école pour "s'adapter" à un nouveau public :
l'école doit rester le lieu où la recherche sereine de la vérité prend le pas sur l'expression des passions ou des différentes sensibilités. Mais cela ne peut se faire par décret : on ne peut arriver devant une classe en décrétant que les élèves doivent se défaire de toute forme d'influence sociale ou télévisuelle ; il faut des dispositifs pour les aider à passer du rapport de forces au débat argumenté. C'est un long et difficile apprentissage.

Le Monde.- Pensez-vous qu'il est encore possible de "modeler" et de "cultiver" les générations dans l'école de la République ?

Philippe Meirieu .- Nous assistons aujourd'hui à la faillite de l'intégration au forceps. Dès lors que nous concevons celle-ci comme la poursuite de la colonisation de l'intérieur, elle engendre le rejet, la violence et l'échec, eux-mêmes générateurs d'exclusion. Ce n'est pas pour autant que les idéaux de "l'école de la République" doivent être abandonnés, bien au contraire ! Sur le plan pédagogique, il faut prendre au sérieux la formation du citoyen : aussi bien faits soient-ils, les cours d'instruction civique n'ont guère d'impact dans une école où l'on apprend à réussir contre les autres et non avec eux, dans une école qui classe les individus dans des cases au lieu de faire alliance avec eux pour les aider à surmonter la fatalité sociale.

Il faudrait aussi traiter sérieusement la question de la ghettoïsation scolaire : nous avons laissé la situation dériver vers un étatisme de surface derrière lequel les stratégies des familles et les choix organisationnels des établissements (langues, options, filières) permettent à la logique libérale de jouer à plein. Les questions du choix des établissements par les familles, du découpage des secteurs scolaires, de la mixité sociale dans les établissements, du recours à l'enseignement privé ou aux officines d'aide aux élèves... sont des questions de société absolument essentielles, qui ne font pas l'objet de choix politiques clairs ni même de vrais débats ! Or c'est tout cela qui crée de la rancour sociale : comment voulez-vous ne pas vous sentir floué quand vous vous savez assigné à résidence scolaire, condamné à l'échec... tandis que d'autres parviennent, grâce à leur connaissance du système et à l'argent, à s'en sortir ?

Le Monde.- La remédiation peut-elle aussi se trouver dans la "deuxième chance", dans une formation continue rénovée par la validation des acquis professionnels, dans une revalorisation de la formation professionnelle initiale ?

Philippe Meirieu .- Jusqu'à présent, la "deuxième chance" n'a profité qu'à ceux qui avaient bénéficié de la première chance de la formation initiale. Il ne faut donc pas abandonner l'effort sur l'école. Je pense même qu'il faut réinstaller la "scolarité obligatoire" dans son statut de "passage obligé", avec des objectifs clairs, un volontarisme politique explicite, une continuité pédagogique entre l'école primaire et le collège, dont l'absence a aujourd'hui des effets catastrophiques sur les élèves les plus fragiles.

A côté de cela, il y a tout un travail à faire sur l'orientation :
introduire les disciplines technologiques pour tous au collège afin d'éviter que le choix de celles-ci ne soit lié qu'à l'échec dans les
disciplines générales, éviter de faire faire des choix irréversibles très tôt à des jeunes en difficulté, ouvrir les possibles en
favorisant une découverte des métiers qui ne sont pas dans le champ de vision de l'enfant, etc.

La formation tout au long de la vie ne pourra devenir une réalité que si la formation scolaire engage une dynamique positive pour chacun. Quand, à l'école, on s'est senti condamné à l'échec, il est difficile ensuite de se penser capable de réussir quoi que ce soit.

Propos recueillis par Antoine Reverchon

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PHILIPPE MEIRIEU

1997
Philippe Meirieu, né en 1949, professeur en sciences de l'éducation, rédacteur en chef des Cahiers pédagogiques de 1980 à 1986 et auteur de nombreux ouvrages de pédagogie, est désigné par Claude Allègre,ministre de l'éducation nationale, pour organiser la
consultation des lycéens sur "Quels savoirs enseigner ?", prélude à la réforme des lycées.

2000
Il démissionne de la direction de l'Institut national de recherche pédagogique, qu'il dirigeait depuis 1998.

2001
Après avoir publié, avec Stéphanie Le Bars, La Machine-école (Gallimard-"Folio-actuel"), il devient directeur de l'Institut
universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Lyon.

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.05.02

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