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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2002 - Mai

De: "Michel MONOT" <magui@offratel.nc>
À: "PMEV liste" <pmev@cartables.net>
Objet: [pmev] Tendances
Date : mercredi 8 mai 2002 17:52

L'école, le vrai contrat politique, par Xavier Darcos

. LE MONDE | 06.11.00 | 14h43

LA profusion des livres parus lors de la dernière rentrée scolaire sur
le thème de l'éducation révèle au moins que le débat reste vif et que
la passion française pour l'école ne tarit pas. On a toujours le
sentiment qu'il y a en France soixante millions de spécialistes de
l'école.

Cependant, à lire les comptes rendus de ces divers ouvrages, souvent
pessimistes, on pourrait avoir la trompeuse impression que tout se
réduit à une opposition obtuse entre les "pédagogues" (généreux et
progressistes) et les intégristes des disciplines (réactionnaires et
frileux). L'utilité médiatique de la polémique et des face-à-face
explique en partie cette réduction à une dialectique vainement
ressassée.

Pourtant, il est absurde de vouloir établir une antinomie entre la
technique pédagogique et la culture scolaire. Le métier de professeur
(qui le conteste ?) ne consiste pas à réciter devant des bûches un
discours figé, puisqu'on n'enseigne moins des résultats que des
méthodes. Il ne s'agit pas de remplir un vase mais d'allumer un feu.

Il est regrettable que ces jeux de rôle occultent l'essentiel, qui
peut se résumer en trois évidences, sur lesquelles un consensus est
possible.

Premièrement, l'école française reste profondément inégalitaire et le
premier facteur de réussite scolaire pour un enfant résulte du niveau
d'études de ses parents, de sa mère en particulier. Le nombre
d'enfants issus de milieux défavorisés qui accèdent aux études
supérieures ou aux grandes écoles ne cesse de diminuer. Les
hiérarchies sociales et culturelles se reproduisent très tôt selon les
types d'établissements, de classes et de filières.

Contre ce fléau, la chasse au mammouth est un leurre. Les projets de
réforme qui mettent en cause le gigantisme de la structure ne sont pas
efficaces. Il est même à craindre que la dérégulation et l'autonomie
ne renforcent les disparités, où seuls les initiés savent tirer leur
épingle du jeu. Et quand on aura dispersé la décision, l'hétérogénéité
des politiques éducatives en sera accentuée et l'inégalité devant le
savoir accrue, surtout quand, dans le même temps, on demande à l'école
de s'ouvrir sur son environnement. Or, si l'école ne joue plus son
rôle de promotion sociale et culturelle, qui s'en chargera ?

Deuxièmement, vu l'effort considérable que la nation consent dans ce
secteur déterminant, elle ne peut pas accepter que tant d'élèves
arrivent au seuil de l'adolescence sans culture commune, sans posséder
ensemble un "noyau dur" de connaissances et de compétences
fondamentales. Trop sollicités par des activités et des informations
périphériques, mal encadrés dans une école ouverte à tous les spasmes
sociaux, invités à singer les lubies du moment, sans hiérarchie ni
durée ni mémoire, les élèves sont de plus en plus nombreux à mal lire,
écrire et compter. Le collège, en particulier, doit être entièrement
repensé. Aucune argutie ne convaincra personne du contraire. Le
savoir, source du libre arbitre, doit redevenir la fin de
l'enseignement, au moment où nous semblons passer d'une civilisation
de la transmission à une civilisation de l'information.

Troisièmement, l'échec ou le succès de l'enseignement se jouent dans
la classe, dans cette cellule où le maître donne le désir de
connaître, les outils du savoir, les objectifs à atteindre. Dans la
mémoire de chacun de nous brille le souvenir d'un instituteur ou d'un
professeur qui nous a stimulés et exhaussés, et non de bureaucrates ou
de théoriciens de la scolastique éducative. C'est l'acte pédagogique
lui-même, centré sur les besoins de l'élève, qu'il faut protéger, en
lui ménageant un espace de paix et d'ordre, donc, en renforçant
l'encadrement des établissements, qui ne doivent pas se laisser
altérer par la turbulence sociale. Il n'est pas avéré non plus que
l'apprentissage suppose l'absolu primat de la spontanéité ludique. On
s'est trop fié à l'autonomie de l'enfant, à son propre projet, à ses
sensations immédiates. La liberté n'est pas un point de départ mais
d'arrivée, ce qui suppose de l'effort et des exigences.

Dès lors, rien ne justifie que la question scolaire continue à se
traiter dans le champ clos et infécond des supposés spécialistes ou
des syndicalistes. Pourquoi le politique, qui s'estime justement fondé
à se pencher, par exemple, sur le droit d'ingérence, le nucléaire ou
la bioéthique, serait-il incompétent pour fixer les objectifs de
l'école, ses programmes, son ambition, ses moyens ? Les questions de
la violence dans les établissements, de l'égalité des chances, des
compétences dévolues aux collectivités, de la mission des enseignants,
de l'évolution des champs disciplinaires, des contours du savoir
(entre autres) sont-elles hors du ressort des élus de la nation ?

La refonte de l'école républicaine mérite un grand débat parlementaire
et une ambitieuse loi scolaire digne de succéder aux salubres
orientations édictées jadis par Jules Ferry. Le ministère de
l'éducation nationale est celui du destin. De quel sujet la nation
doit-elle se saisir, sinon de celui qui embrasse l'avenir des
générations futures ? Qu'elle regarde son école en face et en
redessine l'évolution émancipatrice et unificatrice. C'est par là que
la France rédigera son nouveau contrat social.

Xavier Darcos,ancien doyen de l'inspection générale de l'éducation
nationale, est sénateur (RPR) de la Dordogne, maire de Périgueux.

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.11.00

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