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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 1998

From: Michel MONOT  <magui@xxxxxxxx.xxx>
Date: Sat Nov 28, 1998 6:23pm
Subject: Re: La pédagogie de l'échec ;-)


-----Message d'origine-----
    De : al alcor@i...
    À : PM pedagogie-maitrise@onelist.com
    Date : samedi 28 novembre 1998 15:27
    Objet : [pedagogie-maitrise] La pédagogie de l'échec ;-)
   
   
    Bonjour (petite insomnie...),

>D’abord, merci à Michel, qui a la gentillesse de me répondre. Il doit être un peu débordé le pauvre...

Echanger ne relève pas de la gentillesse mais du plaisir. Quand à être débordé, c'est peut être plus qu'un peu, mais tant que je n'ai pas l'impression de pédaler dans la semoule, cela reste supportable.

>Donc, je continue d’essayer d’intégrer les idées de la PMEV sans modifier ma philosophie de fond car Michel Monot me permet de continuer à le faire. Ce n’est tout de même pas facile car je ne saisis pas tout, loin s’en faut. Pourtant, je ne veux pas absoudre mes problèmes en cherchant une voie plus aisée. Je me pose donc tout haut des questions naïves.

>Dans mon système actuel, tous les enfants ont de la nourriture à leur niveau, certains trop, mais tous, assez. Et le temps me manque pour faire entrevoir toutes les choses intéressantes que les enfants pourraient aborder. D’autre part, je crois rester maître de l’évolution de la situation par les mesures permanentes de la réussite de chacun. Il n’y a véritablement que le facteur temps qui gêne l’élève en difficulté.

Vous en êtes exactement à la problématique de départ de la PM américaine : avant tout, bien savoir où l'on met les pieds, où en sont les gosses. Pour le facteur temps, on donnerait ce qu'il faudrait, pourvu que les gosses parviennent au but : la rigueur des mesures et l'appoint de remédiateurs permettrait de ne pas laisser croître abusivement le facteur temps. Les classes, pour une fois, respecteraient les horaires officiels, etc..

J’ai bien lu l’histoire du crayon à sucer...

Elle vaut pour les enfants instables, agités, hyperactifs, qui confondent vitesse et précipitation et ne prennent pas le temps de réfléchir. Ce souci de ne pas laisser les gosses se disqualifier par départ anticipé ne signifie pas que nous sommes pour la lenteur: contrairement aux américains même, nous ne respectons pas les rythmes d'apprentissage autant qu'eux, nous essayons de les accélérer. Comme vous je pense : mais moins par l'exhortation que par un étayage particulier.

>Je sais bien que rien ne sert de courir... Mais contrairement à d’autres, après le système qui est devenu peu à peu le mien, je me pose encore la question du risque pour moi d’engendrer une certaine démobilisation. Puis-je entrer de plain-pied dans la PMEV qui autorise peut-être à n’achever aucune étape du tour de France, avec la promesse de finir quand même le tour, en étant benoîtement satisfait de son parcours (y compris moi-même) ?

Vous avez un système   à vous, qui marche, et il ne faut pas vous croire obligé de changer à un an de votre départ   en retraite. Pour ce qui nous concerne, terminer le tour même avec une semaine ou un mois de retard ne serait déjà pas si mal. Mais une image n'est qu'une image, et les raisonnements qui les utilisent ont leur fragilité, c'est bien connu. J'ai pris en compte le fait que dans le Tour, tous les coureurs n'arrivent pas le soir à la même heure au terme de l'étape, mais que tous repartent le lendemain de la même ligne. Alors il y a les abandons qui mettent des coureurs hors jeu, mais dans la première représentation que nous en reconstruisons, la longueur des étapes serait calculée de telle sorte qu'il n'y aurait plus d'abandons. Ce "rabotage par le bas" ne vous satisfait sans doute pas et nous non plus, car les étapes ne vaudraient plus alors pour beaucoup le coup d'être courues. Alors on se    construit un nouveau modèle, on reralonge les étapes mais on change la règle du jeu , en décidant que ceux qui ne terminent pas l'étape le soir sont quand même habilités à repartir le lendemain, et que l'on dressera le tableau final des résultats sur les champs elysées, pas avant. Cela donne une course où les cracks restent les cracks, où la queue du peloton a quand même toujours un crack à vue pour lui rappeler sa position, mais aussi pour lui donner malgré tout l'envie de continuer à courrir dans la roue des grands.

>De mon côté, j’essaie de faire admettre aux enfants que nous sommes tous un peu des handicapés. Et que nous sommes peu, véritablement, à être capables de faire le tour de France. Qu’il nous faudra tenter de franchir le maximum des étapes qui sont à notre mesure, mais qu’il y aura des étapes obligatoires. Donc qu’il faut apprendre d’abord à mesurer nos capacités. En pratiquant à plein la PMEV, certes, j’engagerai à coup sûr les plus faibles dans la pédagogie de la réussite, ce sera toujours ça de gagné pour le bonheur présent. Mais n’entrerons-nous pas dans d’autres structures en ayant l’illusion que les obstacles les plus difficiles peuvent être contournés ou remis à plus tard, dans un système qui demandera de les affronter tout de suite.

Image pour image, j'aime bien celle de la "courte-échelle".    Faire la courte échelle aux petits dans les passages difficiles, pour qu'ils aient quand même la chance de se faire les jambes en marchant pour de vrai, les conduira à ne plus avoir besoin de ce secours. Dans le cas contraire, ils resteront chétifs.

>Je ne doute pas que, malgré mes paroles aussi dédramatisantes que possible, certains enfants peuvent ne pas avoir toute la confiance en eux qu’ils méritent.

C'est peut être moins une affaire de discours que d'attitude, de regard, de situations porteuses de sens : le discours, à la limite peut devenir superflu.

>Mais je m’efforce, jour après jour, d’essayer de montrer que chacun a ses faiblesses, mais aussi que chacun a potentiellement des forces insoupçonnées qu’il faut tenter de mettre en oeuvre pour affronter le maximum des problèmes que l'avenir demandera de résoudre.

Oui, mais il y a une question de progression. Les haltérophiles ne chargent pas la barre tout de suite au maximum, et on dit même que certains font aussi un peu de gonflette : des séries de mouvements avec des poids très modestes pour gonfler les muscles avant de les renforcer avec des poids lourds.

>En définitive, j’essaie aussi de prouver que, si l’échec existe, il faut tenter de le surmonter et non de le contourner. Ainsi, je laisse certains obstacles bien en évidence au milieu de la route.

Surmonter ? Contourner ? Echec ? Obstacle ? Ces mots simples qui reviennent souvent dans le débat sur l'école peuvent être source de malentendus.

      Je crois d'abord qu'il faut   refuser l'échec autant que faire se peut, et si j'admire dans une large mesure l'attitude des médecins dans l'acharnement thérapeutique, je suis partisan plus encore d'un certain acharnement pédagogique, fait de ténacité et de   ruse plus que de crispation, car celle-ci serait vouée ... à l'échec précisément.
      Refuser l'échec et donc contourner ou surmonter les obstacles, je serais moins intransigeant ici sur le choix des mots. Pour franchir les montagnes, les ingénieurs de l'équipement préfèrent parfois creuser des tunnels que franchir les cols : leur choix peut être dicté par des critères de coût ou de faisabilité, mais aussi par une autre considération : les moteurs thermiques n'aiment pas l'altitude. Dans notre dimension pédagogique, le modèle de la "courte-échelle" reste interessant et très symbolique : on ne contourne pas l'obstacle, on le franchit avec l'aide des pairs, telle est la loi chez les enfants qui jouent parce qu'ils ne sont pas encore des hommes mais qu'ils veulent le devenir.

Ce qui me gêne, c'est que l'on puisse laisser cette loi - propre aux enfants, mais qui corespond à un besoin humain de dépassement de soi - à la porte de l'école.

Pour en revenir à votre modèle, et à cette idée de laisser l'obstacle bien en vue, nous faisons la même chose lors du bilan, mais nous laissons les nuls regarder comment s'y prennent les cracks pour franchir l'obstacle. Sinon, nous semble-t-il, à quoi bon laisser les obstacles bien en évidence ?

Ceux qui doivent être franchis à tout prix mériteront tous les efforts. Tout ça, pour que l’on tente au maximum de ne pas plier lorsqu’arriveront les désillusions futures.

Car il y aura échec, forcément. Nous le savons tous. Notre éducation française sélectionne par l’échec, et cela quel que soit le niveau atteint. L’X va refouler l’idée que son idéal aurait été d’entrer aux Mines ou a l’ENA et arrivera rapidement à s’imaginer que d’autres voies sont tout aussi réjouissantes que ses projets initiaux. Soyons lucides et honnêtes : rares sont ceux qui réussissent à choisir en toute liberté la voie qui leur convient le mieux en délaissant le chemin qui amène au métier le plus reconnu ou le plus gratifiant à leurs yeux. Cela arrive, certes, mais sans doute pour une très faible minorité d’entre nous, que j’admire..

La sélection, c'est une réalité et il faut faire avec. Faire avec : mais comment ?

      C'est votre X qui m'y fait penser, mais l'anecdote qui suit peut être versée au débat pédagogique :
      J'avais du subir, il y a une trentaine d'années, un "corbeau" qui m'appelait régulièrement pour dénoncer l'incompétence de    la maitresse de sa fille, en retard de 5 jours en géométrie, de    deux semaines en conjugaison, et de 14 heures et 10 minutes en système métrique (précision non garantie), sur la classe du fils de ses amis, un CE2 aussi et donc avec le même programme qui plus est dans la même école. Reproche annexe : que fait le directeur et que fait l'inspecteur   malgré ces nombreux appels qui lui ont fourni toutes les données du problème, sauf le nom des enfants bien entendu.

J'aurais pu/du raccrocher,   mais quelque chose me poussait à ne pas le faire et je concluais invariablement, après trois ou quatre minutes de dialogue de sourds, d'un "mais venez donc me voir" qui le faisait raccrocher lui même.    Au nième coup de fil, destiné à me donner le dernier pointage des écarts qui avaient encore varié mais dont je lui répètais encore qu'ils n'était pas significatifs, je lâche à nouveau : c'est vraiment une institutrice irréprochable, une femme très bien, et j'ajoute, a bout d'arguments,   mariée par ailleurs à un toubib mais venez donc me voir ! Il a raccroché plus lentement que d'habitude et il a rappelé quelques minutes après   pour prendre rendez-vous.

Au rendez vous convenu, poussée d'adrénaline croissante mais évacuée d'un coup. Mon corbeau était ingénieur et il portait sa croix si j'ose dire, celle de l'X précisément : il l'avait ratée, alors que son père et son grand père y étaient passés. Malgré le soutien du "milieu favorisé" et de "l'héritage", il n'avait pas résisté à la pression de l'attente familiale, et piteusement "échoué". J'avais alors un peu débordé de mon rôle et par humanisme joué un peu au psy, expliquant le rôle bien ambigu   de l'ambition / pression    familliale. Que n'avaient ils connu, ses glorieux ascendants X, ce mot d'ALAIN : "le faucheur ne regarde jamais le bout de son champ".

Epilogue heureux : le corbeau ouvrit ses installations techniques aux visites de classes et fournit à quelques classes "pratiques" du matériel réformé qui fit leur bonheur.

Or, en tant qu’instit, j’essaie de travailler aussi pour la majorité... Ne dois-je pas alors, en priorité, m’efforcer de faire admettre l’échec, pas la prise de conscience qu’il peut être à l’origine d’une réussite future. On s’arrête, on regarde, on réfléchit, on constate... Mais on ne désespère pas.

Oui, d'autant que la philosophie de l'école a sur ce point beaucoup changé, au moins au niveau des intentions. Le droit à l'erreur est admis, et l'analyse d'erreur serait pour un peu la panacée. J'en conviens, mais à condition de garder le sens de la mesure et une vue d'ensemble.

Pour revenir sur terre, je dois l’avouer qu’il reste pour moi, comme je l’ai déjà répété plusieurs fois, que je n’arrive pas à trouver un système qui me permettent de hiérarchiser les étapes incontournables, de déterminer les compétences les plus utiles. Celles qui seront à acquérir le plus nécessairement dans le temps qui est commun à tous ; pour chaque enfant, différent de tous les autres.

Réactions ?

Bien vaste sujet ! S'il fallait n'en garder qu'une, je dirais que la compétence la plus utile est la capacité à analyser son travail, et donc les erreurs,   qui ne peut s'acquérir que par l'expérience et à condition que l'environnement scolaire s'y prête : cela exclut tout conditionnement et nous impose même une conception de classe un peu particulière, qui laissera l'enfant libre de choisir son travail, précisément pour s'entrainer à l'analyser, mais aussi tout un système pour le soutenir dans cet apprentissage et lui donner du sens. D'ou nos options, qui permettent d'englober dans un même projet de multiples autres compétences.

Bien Amicalement

      M. MONOT
      E-mail : magui@o...
      Pédagogie de Maîtrise :
      http://www.offratel.nc/magui/

"Nous ne vous demandons pas de répéter nos formules, mais de vous en servir pour découvrir ce que nous n'avons pas encore découvert." (Gaston BERGER)

Alain Cornu alcor@i... http://perso.infonie.fr/alcor http://multimania.com/calain

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