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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2001 - Avril

De: M. Monot <magui@offratel.nc>
À: 'Liste Freinet' <freinet@cru.fr>
Cc: Liste PMEV <pedagogie-maitrise@yahoogroups.com>; Liste Ecoles <listecolfr@cru.fr>
Objet: [PMEV] Re: [FREINET:] PE2 et stage...qui debloque
Date : dimanche 8 avril 2001 00:58

Je suis tout à fait d'accord avec toi et je vais essayer de faire avancer
un peu le schmilblick en prenant du recul.

Par delà l'incident déplorable et bien révélateur signalé par Anne Olga
Julien, il faut voir à mon sens quelque chose qui ne tient pas seulement à
la c.. , au défaut de prise en compte de la réalité ou au manque
d'engagement civique, mais plutôt à la nature même de la formation actuelle
et aux particularités de la recherche.
Les profs d'IUFM sont en général tournés vers la didactique et on ne peut
pas le leur reprocher : c'est la conséquence logique de la volonté de former
à un haut niveau et donc d'épouser le modèle universitaire, de tendance
"scientifique".

Or ce"modèle" a ses exigences, ou ses particularités, qu'évoquait AM
Chartier lors d'une intervention à l'INRP sur la lecture.
Je cite :

"Ce qui fait la légitimité et la validité scientifiques d'une recherche,
c'est la délimitation stricte de son objet."

Cette exigence n'est certes pas exclusive de quelques autres, mais c'est
ainsi,
c'est un FAIT. AM Chartier éclaire son propos en détaillant, à propos de la
lecture un exemple très précis mais surtout significatif :

" S'agissant des premiers apprentissages de la lecture, les chercheurs ne
peuvent se focaliser sur l'ensemble des paramètres que doit traiter
empiriquement un maître dans sa classe. Ils s'intéressent soit à la
conscience phonique, soit aux activités méta-syntaxiques, soit aux
mouvements oculaires, etc....
Cet éclatement de l'acte lexique en une multitude de sous-composantes ne
pose pas problème tant qu'on est dans une problématique de chercheur.En
revanche, une telle approche ne permet nullement de se faire une idée du
poids respectif de chacun de ces éléments dans le processus d'apprentissage
ni de déterminer une hiérarchie des priorités de travail, pour tel enfant ou
à tel niveau."

La conséquence de cette situation est claire pour AMChartier et lourde de
risques pour les
maîtres et les élèves :

"On voit bien les effets pervers que cela peut avoir en pédagogie, lorsque
certains dispositifs expérimentaux de diagnostic deviennent le point de
départ d'exercices pour la classe. Le travail de l'enseignant se trouve
éclaté en une multitude de mini-apprentissages, visant à améliorer la
conscience métacognitive, ou le repérage des rimes, la reconnaissance des
étiquettes, la connaissance de l'alphabet, le codage des prénoms, etc. Mais
lorsqu'on ajoute de nouveaux exercices dans le temps limité de la classe, on
en laisse tomber d'autres. Comment choisit-on ce qu'on laisse tomber ? "

La question est importante et on pourrait lui apporter des éléments de
réponse, mais ce n'est pas ici le lieu. La conclusion de AM Chartier me
parait en tout cas très juste et inquiétante pour ce qui concerne
l'enseignement de la lecture mais il me semble aussi que sa portée est
beaucoup plus générale.

" Ce qui fait, dans la vie de la classe, l'efficacité et le bon
fonctionnement d'un apprentissage, c'est la capacité du maître à intégrer
une multiplicité de paramètres en les hiérarchisant fonctionnellement. Si
l'on est d'accord pour penser que la pédagogie la plus informée
scientifiquement n'est pas un cumul de dispositifs de recherche appliquée,
il faut accepter de penser que les
pédagogues ont à légitimer leur espace propre d'intervention, qui doit tenir
de bien d'autres données que celles des savoirs
concernant un objet particulier d'apprentissage."

Mais cette capacité particulière à "intégrer une multiplicité de paramètres"
fgait elle l'objet d'une formation universitaire ? Je n'en suis pas très
sûr, et je déplore alors que l'on ait refusé à telle ou telle PE2 d'aller se
frotter à une classe ou elles auraient pu, au moins empiriquement, se
frotter à cette réalité qui n'est pas la moindre dans l'exercice du métier,
nous le savons tous et les statistiques sur l'échec le disent aussi.

Il appartiendrait aux militants d'aller expliquer cela à ceux qui semblent
l'ignorer, non pas pour "vendre" du Freinet ou faire des adeptes bien sûr,
mais parce qu'on touche là à un problème grave qui est trop commodément
évacué au nom d'arguments comme "Freinet c'est dépassé" qui témoignent je
crois d'une sorte de paresse intellectuelle.

Rapports de forces, comme toujours ? Sans doute, mais la solution pourrait
venir à mon sens du monde universitaire lorsque il se met à aborder le
problème de l'ergonomie. L'ergonomie est considérée comme une "science" qui
a déjà sa place à l'universté, hors celle des métiers de l'enseignement qui
sont à la portion congrue mais dont on commence enfin à parler, comme on
peut le voir dans le numéro de Mars de la revue "Education et Psychologie"
que l'on doit trouver je suppose dans les IUFM.

On y apprend par que exemple que :

"C'est sur ce modèle systémique que l'enseignant devrait construire ses
pratiques s'il veut servir le plus efficacement possible la mission qui lui
a été assignée : permettre à un maximum d'élèves d'atteindre un niveau de
savoir compatible avec la poursuite de leurs projets individuels."

propos qui ne devrait pas laisser indifférents les responsables d'IUFM et
modifier les représentations ultra simplistes qu'ils ont parfois de la
pédagogie Freinet.

On y apprend même - mais je le dis pour ma part depuis longtemps sur la
liste PMEV ! - que cette
approche "permet d'éliminer la fatalité du bon ou du mauvais élève, du bon
ou du mauvais enseignant." ce qui n'est pas rien !... Car, nous disent les
deux auteures de l'article, Nicole Delvolvé et Annick Margot : " Pour faire
bien, il faut être bien dans sa situation de travail." et "cette affirmation
est valable pour tous les acteurs de la situation d'apprentissage. Des
équilibres individuels dans le travail, naîtra un équilibre renforcé pour
chacun. Le mieux être de tous en dépend."

Venant d'une univeristaire et d'une IA, ces propos ont du poids et il faut
s'en réjouir. Je n'en contesterai qu'un aspect :

".. l'enseignant peut, dans sa pratique, utiliser le champ très large des
réflexions produites en Sciences de l'Éducation. Cependant, force est de
constater qu'à l'heure actuelle, cette approche a des difficultés à apporter
des solutions aux problèmes que rencontrent les enseignants dans leur
métier. "

D'accord sur ce point, mais moins sur la suite :

" Cette remarque ne peut se justifier par le fait que les approches
développées dans ce domaine scientifique ne sont pas adaptées pour améliorer
l'efficacité du système de travail dont il a fait son objet d'études ; mais
il semblerait que ce soit la difficulté à transférer les données de la
recherche vers les situations réelles d'apprentissage, et à favoriser leurs
mises en oeuvre dans les pratiques, qui en soient la cause. Nous postulons
que cette difficulté est en relation étroite avec les représentations
mentales que les enseignants ont eux- mêmes de la situation d'apprentissage.
Nous proposons que le point de vue de l'ergonomie soit intégré dans le
passage de la théorie à la pratique grâce à la transformation des
représentations cognitives que ces opérateurs enseignants en ont."

La difficulté qu'elles soulignent est bien réelle, mais il me parait
difficile de la rapporter seulement aux représentations que les enseignants
ont de leur métier. Je préfère en cela l'éclairage donné par AM Chartier,
qui tient à la nature même du travail universitaire, limité par nature à un
sujet étroit qu'elle entend approfondir. Je crois aussi connaitre assez les
enseignants pour penser qu'ils sentent au moins confusément ce décalage
et qu'ils l'expriment d'ailleurs souvent. L'ergonomie, beaucoup n'en ont
jamais entendu parler, et Freinet n'a peut être jamais utilisé le mot, mais
il est évident (pour moi) que toute sa réflexion en relève et que 90 % en
font au moins implicitement à longueur de journée, même dans les classes
frontales, avec plus ou moins de bonheur. A quelques exceptions près, leurs
représentations du métier ne sont pas en cause car elles sont franchement
"ergonomiques", même s'ils peuvent parfois se révéler méfiants en face d'une
innovation qui heurtent ces représentations. J'ai souvent comparé les
enseignants aux "paysans", hâtivement qualifiés de "conservateurs" car ils
savent qu'on ne triche pas avec la terre, avec les lois de la nature, mais
qui ne mettent pas longtemps à abandonner leur "conservatisme" quand ils
constatent de visu qu'une innovation peut être jugée rentable.

Si les conceptions ergonomiques du métier d'enseignant ou d'élève heurtent
les représentations de certains, je pense que ceux cis sont plus dans
l'administration ou les établissements de formation que dans les écoles.

Quoi qu'il en soit, cet éclairage est interessant et peut même réussir à
débloqer bien des choses, et notamment les représentations dommageables que
certains formateurs ont de la pédagogie Freinet. Poser les pb de la classe
en termes d'ergonomie conduirait à intégrer sans doute une bonne part de la
réflexion de Freinet, à la retravailler, à la faire fructifier.

Il y a assez de PE2 qui réclament à travailler dans cet esprit pour ne pas
s'offusquer outre mesure des réactions timorées de telle ou telle autre. La
lucidité des responsables de la formation serait plus préoccupante, mais
l'éclairage "ergonomie" pourrait jouer le rôle de "fait polémique" et
contribuer à modifier leurs représentations. Et ils apprendraient du même
coup ce que c'est qu'apprendre....

Bien cordialement.

Michel MONOT
Pédagogie de Maîtrise à effet vicariant :
http://www.offratel.nc/magui


" Nous ne vous demandons pas de répéter nos formules, mais de vous en servir
pour découvrir ce que nous n'avons pas encore découvert". (Gaston BERGER)


----- Original Message -----
From: "Jean Claude LAVOIGNAT" <Jean-Claude.LAVOIGNAT@wanadoo.fr>
To: <freinet@cru.fr>
Sent: Saturday, April 07, 2001 9:24 PM
Subject: Re: [FREINET:] PE2 et stage...qui debloque


> Je suis prof en IUFM (et "freinetique" moi même)et ce collègue dont tu
> parles m'a l'air d'être un vrai c...Il ne connaît rien à rien car quand on
> s'est interessé à la philosophie dégagée par l'école moderne on ne peut
> qu'approuver qu'un PE2 puisse faire son stage dans une classe freinet.
> Ce type de personne trop répandu terrorise parfois les PE2.Quand il est
> directeur de mémoire,ce genre de formateur, au lieu d'aider l'étudiant à
> faire épanouir sa pensée, l'oblige à rédiger dans un cadre étriqué, le
> cadre maison ! La formation à l'IUFM devrait s'ouvrir à plus de formateurs
> de différents mouvements et échapper au monopole de certains formateurs
(de
> vrais mandarins) qui devraient retourner en classe...
> Heureusement (sur un ton naïf) que Jack Lang a fait un beau discours.Alors
> espérons?...
>
> ----- Original Message -----
> From: "Henri" <henri@infini.fr>
> To: "Liste Freinet" <freinet@cru.fr>
> Sent: Saturday, April 07, 2001 7:41 PM
> Subject: Re: [FREINET:] PE2 et stage...qui debloque
>
>
> > At 23:56 05/04/01 +0200, AOJ wrote:
> > >
> > >J'ai d'autant plus la rage que je devais partir en stage en avril
pendant
> un
> > >mois et être remplacée par un(e) PE2 et que deux PE2 ont refusé ma
classe
> :
> > >Un passage du mail d'un des deux PE2 suite au retour de mes
progressions
> :
> > >
> > ><<Oui effectivement j'ai changé de stage car j'ai trouvé qu'il est
> difficile
> > >de s'adapter en un mois à une pédagogie issue de Freinet.;>>
> > >
> > >
> > >Leur prof a téléphoné à l'IEN (qui a refusé que je ne parte pas ) puis
à
> ma
> > >directrice puis à moi
> > >Avec le style de question :
> > >-Pensez-vous Mme que mme Intel puisse faire son stage dans votre classe
> dans des
> > >conditions "normales" qui lui permettrons d'obtenir sans problème sa
> validation
> > >pour devenir professeur des écoles ????
> > >
> > >Heu, ben, justement cet année , j'ai récupéré une classe de CM2 juste
le
> jour de
> > >la rentrée car l'Inspecteur n'a pas voulu la confier à un PE sortant et
> il a
> > >demandé que je la prenne car il pense justement qu'avec ma pédagogie
> j'arrive à
> > >canaliser ces enfants "bouillonnants" comme il dit...Il est vrai que
> c'est une
> > >classe difficile...
> > >
> > >Après, je me suis presque fait engueuler car maintenant il était obligé
> de
> > >retrouver un(e) autr(e) enseignant(e)volontaire pour partir en stage
> > >et pour moi , on verrait si un TR ou un zil serait disponible
> éventuellement
> > >sinon pas de stage....
> > >
> > >Donc pas de stage, plus d'ordi (même plus d'électricité) mais à une
> journée des
> > >vacances ;-)

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