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La Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant
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Les archives de la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant


Les archives de l'année 2001 - Février

De: M. Monot <magui@offratel.nc>
À: <listecolfr@cru.fr>
Cc: Liste PMEV <pedagogie-maitrise@yahoogroups.com>
Objet: [PMEV] RE : Ecriture réflexive [Xavier]
Date : mercredi 14 février 2001 09:23


Xavier a écrit :

" Plus que le fait de savoir dire ce qu'on a appris, ou comment on l'a appris,
tâche vraiment difficile pour des enfants, je pense que ce qui est
intéressant pour eux est de se rendre compte, à partir des traces écrites,
des modifications du savoir permis par les apprentissages. "

Je crois qu'il faut sur ce problème bien distinguer deux aspects
complémentaires de nos difficultés.
Difficile de dire ce qu'on a appris et plus encore comment on l'a appris, c'
est certain, mais d'une part nous ne leur demandons pas ici l'impossible, et
il faut bien d'autre part distinguer ce qui est intéressant pour eux de ce
qui l'est pour nous, professionnellement et démocratiquement parlant. J'y
reviendrai.

" Prenons par exemple le domaine des sciences. On fait surgir les
représentations premières des enfants, on les amène à se poser des
questions, à les vérifier, les expérimenter, puis à faire un constat.
Tout ce travail a lieu sur un cahier d'expérimentation ou les enfants notent
librement, puis on leur donne une feuille où le maître a noté toutes les
approches différentes des enfants. "

Cette approche très constructive de l'enseignement des sciences est un
héritage ou une transposition des apports de Bachelard. Son intérêt est
incontestable mais il est intéressant de noter, pour la petite histoire de
la pédagogie, que le projet de mettre l'histoire des sciences au programme
des " écoles normales ", pour des raisons que nous comprenons mieux aujourd
'hui mais qui à l'époque avaient semblé relever du gadget, est une vieille
histoire. Le projet date de la fin des années 40. Il aura fallu attendre
cinquante ans et la création des IUFM pour qu'il se concrétise.

Ne boudons pas pour autant le plaisir de pouvoir être enfin plus efficaces
ni même celui de jouer un instant avec des " Si. " . Si on avait compris
tout de suite, avec la communauté scientifique, l'intérêt de la pensée de
Bachelard, la santé de l'école - j'inclus le collège - serait aujourd'hui
meilleure, et peut être aussi celle des banlieues.

L'histoire des sciences, ou mieux l'épistémologie façon Bachelard, est
intéressante en ce qu'elle montre l'importance des " changements de
représentations " qui valent aussi en pédagogie : " apprendre, c'est changer
de représentations " dit-on aujourd'hui. La formule est un peu rapide, mais
intéressante pour nous pédagogues, en dépit de la difficulté qu'il peut y
avoir à l'exploiter dans tous les domaines qui nous concernent.

Pour les sciences, Xavier le dit très bien, c'est relativement facile, bien
qu'il y faille une remise en cause des traditions et une certaine présence
du maître. Pour les maths, même approche, avec au bout du compte une
formation de qualité, un " zéro défaut ", que nous recherchons tous. On peut
aussi en jouer en histoire, par exemple à propos de la guerre de 14-18, pour
bousculer les idées reçues et la propension à conclure trop vite. Le schéma
est classique et en trois temps :

1. Cette guerre a fait X victimes en France, donc " les boches " sont
méchants.
2. Mais aussi Y victimes en Allemagne et il se trouve que Y > X donc on est
pire que les boches, à moins que la guerre ne soit une connerie.
3. Dans le même temps, la grippe " espagnole " a fait Z victimes et il se
trouve que Z>X+Y, donc. etc..etc..

Belle utilisation pédagogique le la notion bachelardienne de " fait
polémique " , intéressante comme " moteur de changements de représentations
" mais évaluation problématique : ce qui passe bien en classe semble avoir
plus de mal à passer à l'échelle de l'humanité.

Mais on ne peut pas porter toute la connerie du monde et restons à l'échelle
du quotidien pédagogique : le bel ordonnancement que l'on peut rencontrer en
sciences, en maths ou en histoire ne se retrouve pas toujours ailleurs, pour
tous les apprentissages que nous devons conduire, et c'est là qu'intervient
la distinction que je proposais en écho au message de Xavier : ce qui
intéresse les élèves et ce qui nous intéresse nous au plan professionnel.

Non que la dimension " changement de représentations " ou " modification du
savoir " ne soit pas universelle en apprentissage, car on la retrouve à peu
près partout, mais parce que faire surgir les représentations premières des
enfants n'est pas possible en tout, ni toujours essentiel pour le maître. Ce
qui vaut pour telle leçon de sciences ou d'histoire " dirigée " par le
maître l'est moins pour les mille et uns micro apprentissages ou rattrapages
auxquels il faut faire face quotidiennement à propos de chaque leçon ou
projet, ou même du plus banal exo.

Alors c'est vrai, il est difficile ou du moins pas évident pour l'enfant de
savoir dire ce qu'il a appris, ou comment on l'a appris, et beaucoup plus
intéressant pour lui et aussi pour nous de se rendre compte, à partir des
traces écrites,
des modifications du savoir permises par les apprentissages. Ne nous en
privons surtout pas.

Mais pour les milliers d'apprentissages élémentaires qu
'il est difficile de concrétiser par des traces écrites, pour les milliers
de représentations premières d'autant plus difficiles à faire surgir qu'
elles ne sont parfois que des ensembles vides, et pour les milliers d'
enfants pour qui l'école est un monde étranger et le collège une illusion
blessante, cet effort que nous demandons aux enfants est peut être la seule
chance. Ils ne souviennent de rien et ne peuvent donc rédiger d'écriture
réflexive ? Ils n'interviennent pas non plus oralement lors des " bilans "
faute d'un minimum de " pensée réflexive " ? Peut être, mais ce n'est qu'une
raison de plus pour s'y tenir. Ce sont leurs " écrits réflexifs " même
pauvres et maladroits, leurs interventions laborieuses lors des moments de "
bilan " qui vont diffuser dans la classe des centaines d'informations
secondaires déjà cent fois rabâchées par le maître mais qui manquent
pourtant au bagage de certains et qui soudain vont prendre sens pour eux et
les aider à entrer dans le jeu de l'école.

Je parle ici pour ces enfants qui peut être n'existent pas dans vos classes


et c'est tant mieux, mais ils existent dans les statistiques et ils sont
bien quelque part. Je ne parle pas non plus contre le modèle d'
apprentissages conscientisés par changements de représentations ou
rectifications du savoir évoqué par Xavier. Il n'y a rien de mieux et les
IUFM s'y intéressent à juste titre.

Je dis seulement que ce modèle, malgré
sa portée universelle, n'est parfois pas perceptible, et qu'il fonctionne
pourtant dans ces moments ingrats ou difficiles, à notre insu ou de façon si
peu spectaculaire que nous en sous-estimons l'importance, mais qu'ils
permettent eux aussi cette prise de conscience des rectifications ou des
ajustements de savoirs qu'évoquait Xavier.

Parler de ce qu'on apprend, dire ce qu'on a appris et comment on l'a fait, c
'est parfois difficile mais nécessaire. Cela ne fait pas de mal à celui qui
s'y astreint et l'expérience semble montrer que cela lui fait finalement du
bien à long terme même lorsqu'il ne semble pas en avoir besoin et encore
moins l'envie. Mais pour ceux qui portent la charge d'une classe, l'intérêt
est dans ce que ce travail apporte aux plus faibles même s'ils en sont au
départ surtout spectateurs, puiisque "apprentissage vicariant" il y a..

Quand j'ai parlé de " pédagogie de maîtrise à effet vicariant ", on a
beaucoup vu la dimension " effet vicariant " qui sans apporter de vraie
nouveauté permettait une autre analyse du fonctionnement de la classe. Le
terme " pédagogie de maîtrise " a paru plus banal, ou alors a réveillé les
préventions anti-béhavioristes de certains. Mais le terme avait aussi une
connotation politique : c'est la lecture des statistiques qui avait ouvert
la recherche sur la " pédagogie de maîtrise " et mis en évidence des données
que la simple connaissance de la classe ne permet pas d'observer. Un
problème d'échelle donc, dont nous comprenons de mieux en mieux l'
importance parce que nous sommes aussi citoyens et pas seulement pédagos.

Bien cordialement, à Xavier d'abord, et à tous.

Michel MONOT
IEN retraité
NOUMEA
Pédagogie de Maîtrise à effet vicariant :
http://www.offratel.nc/magui

"Nous ne vous demandons pas de répéter nos formules, mais de vous en servir
pour découvbrir ce que nous n'avons pas encore découvert." (Gaston Berger)

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