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LITTERATURE au CYCLE III
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DOCUMENT D'APPLICATION DES PROGRAMMES - LITTERATURE au CYCLE III

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Liste de références des oeuvres de littérature de jeunesse - ALBUMS

Dans 3 500 mercredis

AGOPIAN Annie - FRANEK Claire - Éditions du Rouergue - coll. Jeunesse - 48 pages - 10,98
Difficulté de lecture : niveau 2

« 3 500 mercredis », c'est une façon de donner un âge à toute une génération, qui « a été grande assez longtemps » et pour qui il est temps de redevenir petite. La preuve ? Une arrière grand-mère maternelle est doublement petite, puisqu'elle revient en arrière, jusqu'à la maternelle... L'album est une galerie de portraits de personnages à cannes et lunettes, qui ont acquis tous les droits que les enfants n'ont pas, « comme mettre la télévision fort, se lever tôt parce que c'est tous les jours les vacances ». Les illustrations créent un univers gai, coloré et contrasté : les enfants sont dessinés au trait, sur fond blanc, tandis que les grands-parents ressemblent à des figurines. Cet album est intéressant pour susciter la discussion lors de rencontres entre les générations, autour de la confrontation des points de vue partagés, des petits sur les grands et des grands sur les petits.


Dis-moi

ANGELI May - Sorbier - coll. Offrir - 32 pages - 11 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Par un jeu de questions-réponses, un enfant pousse sa mère à revenir sur les origines de leur ville, et donc sur leurs propres origines. Par un dialogue que n'interrompt aucun narrateur, le fils obtient de sa mère qu'elle fasse revivre la lointaine ascendance. Au coeur de cette situation ordinaire où les occupations matérielles le disputent aux émotions, de mystérieux voyageurs traversent un texte empreint de sensations liées aux parfums, aux couleurs, aux traditions culinaires d'un pays qui ne sera jamais nommé : au lecteur de partir en exploration, pour fonder un sens disséminé dans des informations de nature différente. Après que mère et fils auront quitté le livre, la pêche achevée, viendra le fin mot de l'histoire : derrière l'énigme vivait une légende dont la relation se fera par un autre type de texte. À chaque page, la même illustration fixe un seul point de vue, le cadre de la pêche probablement, exposé à divers climats. Rêverie météorologique où s'accomplissent, en mêmes temps et lieu, le passé mythique de la fondation de Carthage et le présent bien réel de la pêche dans la Tunisie actuelle. Subtilement, le paysage s'humanise, donnant à ce récit une forme étiologique ouvrant sur les grandes découvertes (l'Histoire), les fondations des villes (les mythes), le rôle et la force des légendes (la civilisation).


Le type : pages arrachées au journal intime de Philippe Barbeau

BARBEAU Philippe ­ CINQUIN Fabienne ­ Atelier du poisson soluble ­ 48 pages ­ 13,42 €
Difficulté de lecture : niveau 3

L'album présente des « pages arrachées au journal intime de Philippe Barbeau », qui relatent les confessions d'un narrateur animé de pulsions de violence à l'égard d'un homme de la rue. Ce « type » ne lui a rien fait de spécial. Juste, il ne sait pas sourire, ni rêver, ni aimer. Le narrateur lui jette la pierre, au sens propre. C'est une vieille dame qui la reçoit. Une dame qui raconte des histoires et saura, par son sourire et son regard, transformer la haine en tolérance. Présenté comme un journal intime, le texte est manuscrit à l'encre violette sur des pages quadrillées. Les images proposées par F. Cinquin accompagnent subtilement le récit. On fera remarquer aux enfants le jeu du paratexte : les « pages arrachées » sont-elles authentiques ? Évidemment, non.
Le travail de l'illustratrice est très présent : les collages d'objets intégrés à des dessins à l'aquarelle prolongent le sens du texte sur la solitude, le dialogue, l'apparence, la représentation de soi par les autres. Un livre fait pour confronter librement les interprétations des enfants. Difficile d'accès, il nécessitera un accompagnement par l'adulte auprès d'élèves de fin de cycle 3.


La Reine des fourmis a disparu

BERNARD Frédéric ­ ROCA François  ­ Albin Michel Jeunesse ­ 56 pages ­ 14,64 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Cette histoire policière raconte comment la Reine des fourmis s'est retrouvée prisonnière au muséum et la manière dont le narrateur, fourmi rouge oblige, aidé de son assistant, la délivrera et retournera dans leur forêt tropicale natale.
Cet album ouvre de nombreuses pistes de lecture et de relecture : la structure du texte crée un système d'attentes qui pourra être explicité, les images seront mises en interaction avec le texte, les dits et non-dits, points de vue, les métaphores transposées éventuellement en images (« cicatrice de terre », « immense rivière de terre rouge »). Un réseau « histoires policières » dans l'album pourra être constitué, afin d'en évaluer les scénarios, les mises en texte/mises en images, les modalités d'énonciation. Enfin, cet album n'offre qu'un aperçu de l'oeuvre du tandem Bernard/Roca qu'il conviendra de proposer aux lecteurs intéressés.


Une Histoire à quatre voix

BROWNE Anthony ­ Kaléidoscope ­ 40 pages  ­ 13,6 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Variations sur une histoire apparemment simple: une mère et son fils accompagnés de leur chienne, un père et sa fille accompagnés de leur chien se croisent un court moment lors de leur promenade au parc.
Chaque humain, simultanément, va donner à cet événement banal une tonalité particulière, symbolisée par une police de caractère et une saison de l'âme appropriées : somptuosité de l'automne à l'entrée de la mère, pâle hiver pour le père, hiver aussi pour le garçon mais, qu'il rencontre la fillette, et c'est le printemps, qu'ils jouent ensemble et c'est l'été.
Points de vue portés également par les images qui adaptent les cadres, ce qu'on décide de montrer, de cacher, à la psychologie de chaque personnage. Allié aux références prises dans l'époque actuelle (espace urbain, centrales nucléaires...), l'univers artistique, en particulier surréaliste (peinture, cinéma, chanson...), soutient le propos par citations, parodies, amalgames, imprégnations ; il alerte aussi.
Une Histoire à quatre voix est la reprise d'un autre album publié en 1987, Une promenade au parc (Flammarion) ; il est intéressant d'observer l'évolution entre ces deux albums, comme la transformation des premiers personnages humains en singes, personnages récurrents chez A. Browne.


Le Collectionneur d'instants

BUCHHOLZ Quint ­ Milan ­ 11,89 €
Difficulté de lecture : niveau 3

Le narrateur de cet album est professeur de violon, et il rapporte une période essentielle de son enfance : la complicité avec un peintre, Max, qu'il regardait souvent peindre. Max racontait des histoires bizarres d'éléphants de neige, de cirque volant... Les tableaux terminés s'alignaient à l'envers contre les murs. L'été suivant, durant l'absence de Max, le jeune garçon découvre enfin les tableaux -- en même temps que le lecteur --, en perçoit la musique, et se met à la jouer. Si le lecteur parvient à remplir les « blancs temporels », il peut découvrir diverses symboliques de cette triple collection de tableaux, de musique et d'instants.
Les images sont spectaculaires. Dans l'esprit d'un Magritte, elles offrent à la fois des éléments dont la juxtaposition n'est pas vraisemblable et organisent des jeux de regard qui ouvrent sur un hors champ. Un texte très bref offre pour chacune une phrase souvent décalée, qui donne à saisir un amont ou un aval narratif. Le texte enchâsse cet ensemble dans un récit initiatique, où le personnage adulte encourage à l'exploration de la rêverie, à la quête de sa voix propre. Le livre dans son entier se prête donc à interroger les valeurs du symbolique, de l'irréel : comment il peut s'inscrire au coeur des processus de « fictionalisation », comment il donne du poids aux histoires.
L'oeuvre montre aussi comment s'ordonnent des allégories, des chimères, des condensations et d'autres grandes figures de l'imaginaire. Une mise en réseau avec des livres comme Les Mystères de Harris Burdick, de Chris Van Allsburgh, peut permettre aux élèves de percevoir un genre propre à la littérature jeunesse.


Magasin zinzin, pour fêtes et anniversaires : aux merveilles d'Alys

CLÉMENT Frédéric ­ Ipomée-Albin Michel Jeunesse ­ Archipel ­ 60 pages ­ 22,87 €
Difficulté de lecture : niveau 2 à 3

Inventaire d'objets rares ou précieux, le magasin de Frédéric Tic Tic entraîne le lecteur dans l'univers symbolique de ses propres lectures. Ce marchand d'objets insolites, rares ou précieux, aura certainement dans ses étagères le cadeau d'anniversaire pour Alys, « la petite marchande de merveilleuses merveilles ».
Entrer dans le genre « inventaire à la Prévert », c'est adopter une posture de lecture acceptant la divergence, l'association d'idées, l'évocation... Les images et le texte de Clément sont alors à explorer dans ce registre, chaque lecteur se laissant guider par ses propres pistes : intertextualité avec les contes merveilleux, référence au Petit Prince, à Alice aux pays des merveilles, auto-référenciation par rapport aux propres oeuvres de Clément...
C'est aussi apprendre à se réjouir des jeux sur et avec le langage, qui rappellent les virtuosités langagières de Lewis Carroll.


Le Temps des cerises

CLÉMENT Jean-Baptiste ­ Dumas Philippe ­ École des loisirs ­ 28 pages ­ 18,3 €
Difficulté de lecture : niveau 3

La célèbre chanson, qui éclôt, étrangement nostalgique, en fin de banquets, a été écrite avant la Commune de Paris, une période traversée entièrement par cet album : de l'espoir à la déportation des utopistes parmi lesquels figure en bonne place Louise Michel, en passant par la semaine sanglante où l'on mourait sur les barricades de trop croire à la justice, les notes mélancoliques ne parviennent pas à enchanter les images violentes d'une page souvent absente des livres d'histoire.
Peu à peu, la butte Montmartre se charge d'indices discrets et signifiants : soldats en armes dansant au bal populaire, restrictions alimentaires, rats exposés aux devants des échoppes, canons, barricades évoquant le siège de Paris... Le rouge est partout, des cerises jusqu'au sang qui se mêle à l'eau des ruisseaux tandis que la chanson s'envole, seul art des rues capable d'immortaliser les simples rêves et les profondes misères populaires. Philippe Dumas avait écrit Il pleut, il pleut bergère...
Le lecteur n'évitera pas la collision entre une chanson d'amour et l'Histoire sanglante : deux classiques du genre humain. Il aura besoin d'aide pour reconstituer l'événement évoqué par fragments en de grandes doubles pages.


Mon Amour

COX Paul ­ Seuil Jeunesse ­ Prix non connu à ce jour
Difficulté de lecture : niveau 3

Un homme tente tout pour séduire une femme que ses exploits indiffèrent, un homme passe par divers états émotifs : larmes, mélancolie, lecture de poèmes, jalousie... et la femme se lasse, et puis se laisse charmer. L'album se termine là où commencent les contes : la belle, par un baiser, se transforme en bête.
Texte et images rejouent l'éternel face-à-face amoureux en se répondant, en s'esquivant, en s'envoyant des silences et des cris : redites, incohérences, évitements, soupirs... l'écriture semble elle aussi se lasser. Parodie du roman sentimental exprimée d'une manière dépouillée : peu de phrases, mots, expressions, signes de ponctuation, juste des notes parce que tout lecteur a, depuis sa plus tendre enfance, construit moult références sur le genre. Dérision de l'éternelle inconstance amoureuse, campée ici par une écriture allusive, des images fixes comme des cachets de cire oblitérant tout autre sens. Ce tout petit album, par ses blancs, ses marges, les vides ouverts du texte, incite à relire les classiques du genre et à réécrire le discours usé, aux origines aussi vieilles et mythiques que les pyramides d'Égypte qui servent de décor.
Des exemples trouvés au cinéma (Charlot) ou au théâtre font écho à cet album qui peut se prêter à une adaptation de quelques scènes et à une mise en jeu.


Moi et rien

CROWTHER Kitty ­ Pastel ­ 10,5 €
Difficulté de lecture : niveau 2

« Ici, il n'y a rien. Si, il y a moi. Rien et moi. Rien s'appelle Rien. Il vit avec moi, autour de moi ». Ainsi commence la narration de Lila, la jeune héroïne. Qui, comme le dit le texte, plus loin, se crée ainsi un ami, à partir de rien, un « ami qui sortait de mon imaginaire », précise-t-elle. Rien figure d'ailleurs à l'image, personnage à part entière qui initie Lila à la magie de la nature : à partir d'une petite graine, presque rien, on peut faire naître un arbre.
En fait, ce rien dissimule une absence : la mère est morte récemment, et le père ne s'en est pas remis. La fin, réparatrice, est surprenante.
Cet album peut faire partie d'un réseau sur la mort d'un proche, ou d'un réseau sur l'ami imaginaire. Du point de vue de l'énonciation, on pourra également étudier le mélange de narration à la première personne et de narration à la troisième personne, rare en littérature de jeunesse.


Les Petits Bonshommes sur le carreau

DOUZOU Olivier ­ SIMON Isabelle ­ Éditions du Rouergue ­ coll. Jeunesse ­ 48 pages ­ 5,95 €
Difficulté de lecture : niveau 1

En l'occurrence, il faut prendre le titre à la fois au sens propre et au sens figuré. « Un enfant regarde par la fenêtre dans la rue ». D'un côté de la vitre, il y a un petit bonhomme dessiné dans la buée. De l'autre côté de la fenêtre, il y a « des petits bonshommes sur le carreau », des miséreux, des sans-abri. De double page en double page alternent l'image du dessin dans la buée, selon des points de vue variés, et la représentation des laissés pour compte, dans la rue, des personnages en argile photographiés. Tandis que le texte progresse de misère en misère : le froid, l'indifférence d'autrui, la honte...
Cet album constitue une véritable parabole qui prolonge la parabole biblique, puisque la première phrase caractérisant le bonhomme dessiné sur le carreau est : « Il a des yeux mais il ne voit pas ». Seule une vitre mince et transparente le sépare de la tragique réalité, mais il ne voit pas, ne parle pas -- pour témoigner --, sourit, n'entend pas, « il est heureux, mais il ne le sait pas ». On fera découvrir aux enfants cette construction très organisée, on leur demandera comment ils interprètent ce livre, et cela permettra d'introduire un débat sur le thème de l'exclusion sociale.
Par ailleurs, par ses textes simples et chargés d'émotions, par sa construction en alternance, et par des personnages faciles à transposer, cet album se prête bien à une mise en spectacle.


Macao et Cosmage, ou l'expérience du bonheur

EDY -LEGRAND Édouard Léon Louis ­ Circonflexe ­ coll. Aux couleurs du temps ­ 64 pages ­ 27 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Voici un album carré, de très grand format, présentant des textes calligraphiés incorporés aux images influencées par les courants artistiques de l'époque (art déco, japonisme...). Entrer dans l'univers de Macao et Cosmage, c'est convoquer le mythe de l'île paradisiaque, interroger les rapports de la nature et de la culture à travers cette histoire. À travers les lectures de cet album et des robinsonnades pouvant être mises en réseau, le lecteur construira un rapport au monde (d'hier à aujourd'hui).
L'album se prête ainsi à un débat interprétatif, conduit à partir des résistances que le texte ou l'image induisent : point de vue des élèves sur le titre, la mise en images et sa signification... Il est propice à des activités d'écriture, dans les interstices du texte.


Le Petit Navigateur illustré

ELZBIETA ­ École des loisirs ­ coll. Pastel ­ 20,6 €
Difficulté de lecture : niveau 1 à 3

Une suite de douze récits, illustrés pour chaque mois de l'année sous la forme d'un almanach, racontent des aventures maritimes à l'usage du navigateur désirant explorer l'immensité de la mer.
À travers ces récits, les jeunes lecteurs pourront rencontrer des scènes, des personnages (pirate, sirène), des contextes (île déserte, fonds marins...), des récits d'aventure (exploration, pirate, robinsonnade...), des mythes (sirène). Ils pourront alors lire ou relire, raconter à la classe les récits et les histoires qu'ils associent à cet album.


Remue-ménage chez madame K

ERLBRUCH Wolf ­ Milan ­ 40 pages ­ 10,98 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Madame K se fait toujours du souci pour un oui ou pour un non, alors elle s'active : elle repasse, cuisine, jardine... Héritière d'une solide éducation de femme, elle s'affaire, même virtuellement, à être une héroïne. Monsieur K ne sait lui dire que : « Fais ce que tu dois faire, femme. » Un jour, elle trouve un oisillon blessé et ça l'occupe à plein temps. Elle se dévoue, décide de lui apprendre à voler et ça l'allège, tandis que son mari décide d'apprendre à cuisiner.
Le texte suit le chemin irrationnel de l'angoisse : suites de questions sans réponse, escalade dans les dangers supposés. Les illustrations montrent une femme lourde et un homme sans poids (il dessine, découpe, fait de la musique...). Les angoisses de Madame K vont et reviennent dans les pages blanches et sans prises. Le noir qu'elle broyait disparaît dès que l'oiseau paraît. Alors, le monde extérieur peut reprendre place.
L'interprétation du texte se construira en fonction des valeurs mobilisées, éducation, relation familiale, du sens que l'on donne à la vie. Cette oeuvre peut aussi donner lieu à des activités d'écriture permettant d'imaginer le point de vue du corbeau sur la situation. Un livre sur les chemins tortueux de la liberté, qui pourra entraîner le lecteur à une plus large exploration de l'univers étrange de Wolf Erlbruch.


Le Cochon à l'oreille coupée

FROMENTAL ­ HYMAN Miles ­ Seuil Jeunesse  ­ 40 pages ­ 13,9 €
Difficulté de lecture : niveau 3

Dans cet album, deux cochons sont jumeaux, mais certainement que tout les oppose quand même puisqu'ils s'appellent Noèl et Léon. De fait, très vite, Léon, celui qui s'est fait trancher une oreille par une charrue, en jouant, développe des dons extraordinaires pour la peinture et devient un peintre célèbre. Noèl, lui, n'est bon à rien, sauf pour ce qu'il annonce à son frère : « Ils veulent me manger ! ». Léon, surmené par le succès, accepte alors que son frère se fasse passer pour lui, tandis qu'incognito, lui-même ira « courir le vaste monde ». Alors Noèl se tranche l'oreille avec une faux, devient Léon, et le vrai Léon disparaît. Toutefois, la supercherie est découverte, les experts dénonçant les nouveaux tableaux, et le fermier vérifiant le numéro dans l'oreille de Noèl. Léon et le lecteur apprennent alors sa « fin tragique », Léon lui consacre une peinture : Le Martyre du Jumeau, et le lecteur découvre la dernière image de l'album représentant des jambons primés. À chacun son excellence !
Cet album se caractérise par un ton authentiquement humoristique appliqué à une histoire tragique, et par des références implicites au monde de la peinture, qu'on aidera les enfants à identifier. Le titre, en couverture, surmontant le dessin d'un cochon à l'oreille bandée et celui d'une palette de peintre, suffit à évoquer Van Gogh. Mais d'autres images intérieures sont des clins d'oeil artistiques. Par exemple, Le Cri, de Munch, est clairement représenté, tandis qu'une autre illustration évoque Poliakoff.
Par ailleurs, cet album offre un excellent exemple d'animaux anthropomorphiques -- phénomène très courant en littérature de jeunesse. Les personnages sont donc humains, ce qui permet à Léon d'être reconnu comme peintre, tout en conservant leur nature animale, ce qui conduit Noèl à sa triste fin. Le tragique naît précisément de cette double personnalité.


Maman D'lo

GODARD Axel ­ Albin Michel Jeunesse ­ 48 pages ­ 13,57 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Cècette est une petite Guadeloupéenne qui vit chez ses grands-parents. Sa mère est partie travailler en France métropolitaine. Son père, marin, a disparu en mer, enlevé par la monstrueuse Maman D'lo. Racik, le conteur, raconte sa légende : la métropole n'est-elle pas Maman D'lo, puisqu'elle enlève les mères ?
L'illustration est chaude, elle évoque avec réalisme la vie antillaise. L'interprétation graphique poétise le sentiment de la séparation tout en montrant en image la joie de vivre communicative de la petite héroïne. Maman D'lo est une histoire qui tisse des fils serrés comme ceux d'une étoffe de madras : entre les personnages, entre le passé et les projets, entre la Caraïbe et la France métropolitaine. Les formes d'écriture se croisent, récit, lettres, conte. Et comme des motifs exotiques, des mots en créole sont incrustés dans le texte, « des sapotilles », « un zandoli »... Autant de pistes à suivre avec les élèves.


Que font les petits garçons ?

HEIDELBACH Nikolaus ­ Seuil Jeunesse ­ 40 pages ­ 12 €
Difficulté de lecture : niveau 2

La question posée par le titre trouve autant de réponses que de lettres de l'alphabet : cet album, en forme d'abécédaire, égrène en effet les activités de vingt-six petits garçons, de Anatole à Zacharie. Félix visite une exposition, Grégory réfléchit, Isidore a faim, Paul collectionne... Rien de plus banal en somme, si les illustrations, en total décalage, n'introduisaient des notes de fantaisie, d'humour, souvent teintées de gravité, et ne faisaient déboucher le lecteur sur d'autres questions, les vraies ; et si ce n'étaient des images de petites filles qui soutiennent le texte en forme de légendes : petites filles qui observent, qui racontent, ou livrent leurs fantasmes de petites filles sur les garçons ?
La lecture de cet album nécessite une approche fine du rapport entre texte et images. L'exploration des illustrations, l'explicitation des décalages, mais aussi le repérage des détails qui ouvrent à d'autres interprétations, pourront aider les élèves à comprendre ce qu'est le sens littéral, la réception d'un texte, son interprétation, et à déceler les signes qui permettent au lecteur de construire d'autres niveaux de sens. On confrontera avec profit cet album à d'autres albums du même auteur pour percevoir ce que peut être l'univers imaginaire d'un créateur.


Ré-création

LÉGAUT Charlotte ­ SIX Yolande ­ Éditions du Rouergue ­ coll. Jeunesse ­ 40 pages ­ 10,98 €
Difficulté de lecture : niveau 3

Réécriture parodique de la création du monde sous la forme d'images séquentielles proches de la bande dessinée, cette histoire ne peut se lire qu'en relation avec les textes de la Bible, auxquels le récit se réfère explicitement dans sa structure : 1er jour, 2ème jour... et dans les différentes scènes évoquées. On pourra aussi recueillir différents récits de la création du monde appartenant à d'autres cultures. Le processus d'interprétation se nourrira des références, citations, allusions intertextuelles que la classe pourra mettre en évidence.
On pourra, de plus, approfondir la lecture parodique de ce récit en prêtant particulièrement attention à la mise en images, au statut et à la fonction des énoncés du personnage narrateur dans le récit en images. Cet album se prête à des activités d'écriture, récit des origines par exemple, à des lectures en réseau...


Nuit d'orage

LEMIEUX Michèle ­ Seuil Jeunesse ­ 240 pages  ­ 14,95 €
Difficulté de lecture : niveau 3

« Je n'ai pas sommeil. Des milliers de questions se bousculent dans ma tête. » Ces questions et les hypothèses de réponses font l'objet de l'album. Le texte est écrit sur la page de gauche, une illustration au trait figure en vis-à-vis et pour rythmer le tout, des lavis en doubles pages pour que lecteur suive la « nuit d'orage ». Ou plutôt la tempête dans une tête de petite fille angoissée par ses peurs, ses questions existentielles sur l'origine de la vie, sur l'infini, l'amour et la mort. Sa quête de l'éternité enfin, pour avoir le temps de comprendre les mystères de l'univers...
Cet album atteint le lecteur avec une grande force, du fait de sa simplicité apparente et de l'universalité du propos philosophique. Sa lecture pourra être poursuivie par des échanges entre les enfants et par la lecture d'autres ouvrages qui posent pareillement des questions existentielles. Les dessins, réalistes ou poétiques, ouvriront les enfants au langage métaphorique.


Le loup, mon oeil !

MEDDAUGH Susan ­ Autrement Jeunesse  ­ 40 pages ­ 12,2 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Le récit se déroule dans un monde peuplé de cochons, dans lequel on peut cependant rencontrer un loup. C'est en tout cas ce que raconte une petite fille cochon quand elle explique ce qui s'est passé pendant sa journée d'école buissonnière. La narratrice accumule les événements qui frisent l'invraisemblable : elle se trompe de car, se fait déposer dans un endroit qu'elle ne connaît pas, traverse la forêt et... rencontre le loup qui veut la manger ; elle abuse du loup, qui ne sait pas lire, en inventant une recette de soupe qui l'oblige à trouver les ingrédients au péril de sa vie, mais c'est finalement l'utilisation d'une formule magique qui, selon ses dires, l'aurait sauvée... Vérité vraie ?
On pourra prendre plaisir à repérer les allusions à des histoires plus anciennes, à inscrire ce récit dans la tradition des « menteries » et des ruses, à décliner le personnage du loup dans diverses occurrences, et à initier ainsi les élèves aux phénomènes d'intertextualité et de filiation des oeuvres littéraires. Il sera opportun également de faire repérer les niveaux de narration en prenant appui sur les indications temporelles -- à qui et quand raconte-t-elle son histoire ? -- et de comprendre ainsi le choix narratif de l'auteur: une narration à la première personne, un récit linéaire ponctué de dialogues et de commentaires insérés dans des bulles qui, par moments, envahissent les illustrations à la manière de la bande dessinée.


Mon Cygne argenté

MORPURGO Michael ­ BIRMINGHAM Christian  ­ Kaléidoscope ­ 40 pages ­ 13 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Le narrateur est fasciné par l'arrivée d'une femelle cygne, une nuit, sur son étang. Elle est lointaine, il l'apprivoise, découvrant avec jalousie l'irruption d'un mâle, les amours, les petits. Pas loin de cette idylle, une renarde et ses cinq petits, tous affamés. La rudesse de l'hiver va provoquer la rencontre des deux mères, la mort du cygne et le célèbre chant. Et la vie reprend.
Le texte déroule doucement le cours de la vie qui tire son sens de la mort. Le récit mêle chronologiquement l'observation et les sentiments de l'enfant. La beauté de la vie se déploie avec autant de force que sa violence. Les illustrations, souvent tamisées par le brouillard, la neige ou la nuit choisissent les gros plans qui ne favorisent guère la distance du lecteur, pris à parti parce qu'acteur direct de la vie en mouvement. L'album, qui ouvre sur des récits naturalistes, sur le réalisme en peinture, sur les liens entre des enfants solitaires et la nature, les animaux, oblige à une réflexion sur le sens de la vie, la valeur et la constance des sentiments selon les circonstances : un réflexe salutaire de mise à distance que favorise le texte au moment où les images parient sur l'identification, l'implication passionnelle, le sentiment envahissant d'absurdité lié au simple fait d'exister.


Le génie du pousse-pousse

NOGUÈS Jean-Côme ­ ill. ROMBY Anne ­ Milan  ­ coll. Album Milan ­ 40 pages ­ 11,9 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Les deux richesses de Chen sont son pousse-pousse et son amitié pour Wang, pêcheur au cormoran. Sur les hauts de Hong-Kong, près de la cabane en bambou, une riche propriété lui offre le parfum, l'ombre de son jasmin et la tentation de la visiter en cachette. Les merveilles qu'il découvre sont tellement admirables qu'il éprouve un sentiment nouveau : l'envie d'être riche.
Par la suite, Chen transporte dans son pousse-pousse un homme étrange qui change d'aspect physique à chaque fois que le garçon se retourne. Cet homme est le génie qui habite la maison aux kiosques de porcelaine. Il donne au garçon une pièce d'or avec laquelle il va aider son ami Wang, dont le cormoran est mort, ce qui lui interdit la pêche.
L'histoire est écrite à la manière d'un conte philosophique. Chen, au sens propre comme au figuré, doit « remonter la pente », celle de sa colline et celle de ses pensées égoïstes, pour être récompensé par la chance. C'est ce sentiment d'agir gratuitement et la force de son amitié qui lui font faire les bons choix. Imprimé sur papier d'Ingres, l'album fait partie des « beaux livres »... Les dessins sont d'une finesse transparente qui associe les motifs filigranés et la calligraphie chinoise, les incrustations de papier népalais et les emprunts graphiques à l'estampe. Au début de l'album, un lexique chinois/français traduit les signes qui figurent la pagination, ce qui donnera l'occasion de les reproduire ou même d'inventer une histoire écrite en chinois, à partir de ces mots-signes.


La princesse de neige

NOTTET Pascal ­ GIREL Stéphane ­ Pastel ­ 48 pages ­ 12 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Le texte propose une histoire dans l'histoire, celle que se raconte l'enfant solitaire à l'aide de marionnettes. Le changement de typographie aide à la compréhension, les images aussi. Le petit marin, soumis aux effets d'une belle terrienne, utilisera ses marionnettes pour sortir de son univers, le présenter à la petite fille. On a deux sortes de discours, un descriptif de la vie ordinaire, un narratif lié aux marionnettes. Les illustrations, pastel, traduisent la précarité et la force du climat et des sentiments, le voile dont on masque le réel pour le supporter. Au dégel, on se quitte sur une promesse comme les gens du voyage sont contraints d'en faire pour rendre éternelles leurs histoires passagères. À la fin de l'album, Rascal nous propose un carnet de croquis légendés sur les bateliers qu'il a rencontrés pour cette histoire : un bel hommage à une profession qui, parce qu'elle passe au fil de l'eau, entre deux rives de terre, paraît irréelle : la collision d'autant d'univers, l'imbrication d'autant d'histoires, rend évident le fait que la vie est un joli jeu d'illusions.


L'île du Monstril

POMMAUX Yvan ­ École des loisirs ­ 40 pages ­ 12,5 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Poil-gris, le ragondin, et Poil-roux, son ami, participent comme acteurs et témoins narrateurs à l'aventure de Léon et Elvire. Au prétexte que les enfants d'aujourd'hui sont des empotés, Poil Gris sectionne d'un coup de dent l'amarre qui retient la barque dans laquelle se trouvent Léon, Elvire et sa peluche Douce. Voilà ces derniers embarqués dans une forme de robinsonnade : une balade en barque mal contrôlée, un échouage sur une île, la construction d'un abri et la rencontre avec un monstre...
Dans cet album, deux récits sont menés en parallèle, soutenus par deux types d'images: celles représentant l'aventure vécue par Léon et Elvire, sous la forme de vignettes de bande dessinée de grande taille, et celles illustrant le dialogue entre Poil-gris et Poil-roux, personnages qui « tirent les ficelles » de l'histoire. Le lecteur s'appuiera sur le dispositif énonciatif pour suivre les événements et apprécier le privilège de la position de celui qui sait par rapport à celle des deux personnages, Léon et Elvire, qui ne peuvent voir les coulisses de l'histoire. À travers cet album, c'est aussi le jeu de création qui est donné à voir. Une bonne occasion pour lire d'autres albums de Pommaux, mais aussi ses bandes dessinées : Angelot (Bayard ou École des loisirs), Marion Duval (Bayard).


Chez elle ou chez Elle

PONCELET Béatrice ­ Seuil Jeunesse ­ 48 pages  ­ 14,95 €
Difficulté de lecture : niveau 3

Aller chez l'un ou chez l'autre n'est pas indifférent à ce « Je » de l'enfance, qui dit ses émotions, son ressenti dans les rencontres avec des adultes différents, dans des lieux habités de significations étrangères ou familières.
Ce récit d'expérience de vie à la première personne entre en correspondance avec des images dans lesquelles la composition, les références et les citations, l'usage de la typographie, sont autant de signes à interpréter pour se représenter les quatre lieux fréquentés par le narrateur et leur atmosphère: la bibliothèque de l'enfance « chez elle », l'intimité d'un appartement féminin, « chez Elle », ou masculin, « chez Lui », ou encore la rusticité de « chez eux ». L'enjeu de lecture se déploie dans l'énigme créée par l'indétermination relative des personnages et les résonances subjectives de l'expérience relationnelle évoquée.


Georges Lebanc

PONTI Claude ­ École des loisirs ­ 48 pages ­ 21,5 €
Difficulté de lecture : niveau 1

C'est comme un songe qu'on ferait, assis et solitaire, sur le banc d'un square tel qu'il en existe dans les villes. De là, l'esprit divague, réceptif au moindre mouvement qui, aussitôt perçu, est pris dans la mécanique du rêve et du souvenir. Les êtres, en ce lieu d'enfance sublimée, redeviennent peluches, et les animaux mènent, en parallèle des humains, une activité associée : ils égaient le lieu, le nettoient, en gardent la mémoire... On ne voit pas le temps passer mais il passe : chaque page indique, à la minute près, l'heure qu'il est et ce qu'elle symbolise. Les parcs célèbrent la vie : ce retraité de 61 ans est le reflet d'une enfance épatante, cet autre s'invente des existences par la répétition de la sienne. Midi juste, et le parc s'offre aux rendez-vous amoureux, aux bébés qu'on sort, aux enfants qui goûtent pour reprendre l'avantage sur leurs peurs de la journée, avant de revenir, la nuit, toujours attirés par les bruits du monde : c'est l'heure des grands mythes et des éternelles énigmes. C'est le temps et le lieu où les contes, par la pensée, se rencontrent, se racontent et continuent de s'écrire.
C'est comme si l'auteur s'était assis sur un banc pour faire le point sur sa propre création, tissée de perceptions sensibles et de références culturelles... Alors, les lisières entre réel et imaginaire dansent, tracées par une langue conforme aux gazouillis des bébés et des oiseaux du parc, fidèle aux balbutiements des enfants qui s'approprient les premiers éléments d'un système linguistique en le recréant par frottement des mots et des regards. Les illustrations « flashent », tels ces éblouissements que provoquent les visions du monde et d'un détail ; elles créent l'illumination. Les citations d'auteurs ou de personnages qui traversent le livre célèbrent ceux qui, à l'instar des enfants, posent sur la nuit des temps des yeux neufs et des mots jeunes.


Ma vallée

PONTI  Claude ­ École des loisirs ­ 48 pages  ­ 21,3 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Le livre est haut, rompant avec le format à l'italienne cher à l'auteur. Dix fois, la même vallée apparaît en toute saison, sous divers angles, toujours enviable, comme une enfance qui, indéfiniment, se réfléchit. Le narrateur, Poutchy-Bloue, évoque la vie harmonieuse de sa famille dans une vallée, lieu de passage où l'eau du ciel féconde la terre. Le temps, l'espace s'ancrent dans la double mémoire des aïeux et des mythes comblant chaque individu d'une vie intérieure, condition du bonheur commun. Les arts tels que peinture, musique, littérature, sont là pour le plaisir en même temps qu'ils alertent sur un regard absent. Car, ce qui ne peut se voir, s'espère et se conçoit, l'Ailleurs étant jouissance promise, l'Autre, semblable spécifique. Dans une société cultivée, la vie des enfants est éternelle récréation. Le langage, joufflu et ciselé, porte l'action à ébullition et les expressions sortent d'elles-mêmes comme des poupées gigognes, se télescopent dans des jeux de mots désopilants, libérant des images sonores, loufoques et érudites. Tandis qu'il contemple la vallée de haut, le lecteur est propulsé sur un détail, suivant en cela le chemin tortueux du souvenir. Les couleurs tantôt vives, tantôt voilées, le cadrage, grand angle ou pointilliste, épousent le travail de mémoire à moins qu'on assiste à la révélation d'une société idéale où les enfants ne seraient pas laissés tomber, tenus, comme dans des bras, entre hier et aujourd'hui. Au début, la vallée était pleine page et la vie, éternel présent. À la fin, elle est prise au pied d'un arbre planté dans le vaste monde : quand elle est racine, heureuse, l'enfance est avenir.


Grand-père

RAPAPORT Gilles ­ Circonflexe ­ 32 pages ­ 11 €
Difficulté de lecture : niveau 3

Le récit de la vie de Grand-père doit conjurer le retour des exactions humaines dans l'Histoire, doit transmettre l'histoire de la Shoah et la mémoire de ces hommes et de ces femmes livrés à la barbarie. Avec une grande économie et l'extrême force symbolique des images et des mots, Gilles Rapaport livre ici une oeuvre à même d'interroger le passé et la nature humaine. Dans la classe, les jeunes lecteurs devront se repérer dans le système énonciatif de la narration, se représenter l'histoire d'une famille et, à travers elle, celle d'un peuple. Ils interrogeront les faits rapportés à travers un parcours documentaire avec l'aide du maître. Ils participeront à ce travail de mémoire dans les échanges conduits à propos de lectures en réseau : 10 petits soldats du même auteur (Circonflexe) ; Un homme sans manteau, Jean-Pierre Siméon, (Cheyne éditeur) ; La grande peur sous les étoiles, Jo Hoestlant (Syros) ; Un foulard dans la nuit, Milena ­ Georges Lemoine (Sorbier-Amnesty international)...


La fabuleuse découverte des îles du dragon, avril-juin 1819, à bord de l'argonaute : journal de bord de Lord Nathaniel Parker

SCARBOROUGH Kate ­ KELLY John ­ Gründ ­ coll. Voyages imaginaires ­ 48 pages ­ 13,5 €
Difficulté de lecture : niveau 3

L'album se présente comme un fragment de l'authentique journal d'un certain Lord Parker, écrit au cours d'une expédition scientifique dans les mers du Sud. Le savant y relate, jour après jour et croquis à l'appui, les étranges découvertes de la faune et de la flore d'une terre inconnue baptisée « Îles du dragon ».
Devant ce vrai-faux document, l'intérêt est de découvrir comment l'auteur mêle ce qui relève du vraisemblable et ce qui relève du conte, dans les textes de nature très diverse -- journal, textes informatifs, récits... -- comme dans l'iconographie. Cela suppose la confrontation avec de vrais documents scientifiques et la connaissance des monstres et animaux légendaires. Le thème des voyages imaginaires peut être à l'origine d'une mise en réseau croisant les extraits d'oeuvres patrimoniales, comme L'Odyssée ou Les voyages de Gulliver, et d'ouvrages contemporains, comme ceux de François Place, Les derniers géants et L'Atlas des géographes d'Orbae (Casterman).


Les trois clés d'or de Prague

SIS Peter ­ Grasset Jeunesse ­ coll. Grands lecteurs ­ 68 pages ­ 16,77 €
Difficulté de lecture : niveau 3

Cet album se lit sous le régime de l'énigme, de l'incipit au coda, des images au texte, dans l'intertexte, comme un palimpseste. Peter Sis situe son oeuvre comme héritage, comme don à sa fille Madeleine, voir aussi Madlenka (Grasset) et, de fait, aux jeunes lecteurs, avec des références incessantes à la particularité de son propre parcours d'émigré tchèque aux États-Unis et aux sources multiculturelles du monde actuel. Comme Madeleine, le lecteur est invité à suivre Peter, le jeune personnage narrateur, dans Prague, la ville native de Peter Sis, et à partager des souvenirs d'enfance à travers les images dont les plans se superposent, les perspectives fuient, les compositions doivent être interprétées, où tout est signe à lire. En présence du chat noir, qui introduit une dimension fantastique dans ce parcours, le lecteur découvre les rues et les monuments de Prague, habités d'Histoire et de légendes.
Les trois clés d'or donnent accès aux récits fondateurs, Bruncvik et la légende du pont Charles, puis le mythe du Golem et l'horloge de Maître Hanouch. Elles ouvriront au jeune lecteur les portes de la ville, pour peu qu'il se donne les moyens d'interpréter cet univers symbolique: symbolique des couleurs, des saisons, effets dus à la perspective, au style graphique, effets des illusions, des citations... « Prague est un lieu magique si tu prends ton temps ». La prise en compte de la mise en scène énonciative, l'identification des références culturelles, des lectures en réseau, oeuvres de Peter Sis ou d'Isaac Singer, l'y aideront.


Tu sais siffler, Johanna ?

STARK Ulf ­ HÖGLUND Anna ­ Casterman  ­ 48 pages ­ 11,5 €
Difficulté de lecture : niveau 2

La Suède, une maison de retraite pour messieurs, les jeunes Berra et Ulf marchent dans le couloir. Lorsqu'ils atteignent une porte entrouverte, ils entrent : Berra a trouvé un grand-père. Il ne connaît pas le sien et il en voudrait un exactement comme son copain, qui lui donne de l'argent à son anniversaire. Une relation forte s'établit entre eux. Berra apprend à siffler et le jour où il y réussit vraiment bien, c'est à côté du cercueil du grand-père. L'air qu'il siffle s'appelle Tu sais siffler, Johanna ?. L'album a la longueur d'un roman, mais il n'est pas difficile à lire. Le thème est traité de manière pudique, optimiste et même dynamique. C'est un des livres qui peuvent être lus par épisode, à voix haute, à un public composé d'enfants et de personnes âgées, dans le cadre des échanges intergénérationnels.


Touchez pas au roquefort !

STONE Bernard ­ STEADMAN Rodolph ­ Gallimard Jeunesse ­ 40 pages ­ 10,6 €
Difficulté de lecture : niveau 1

Il s'agit d'une histoire policière dans laquelle les personnages sont des souris. L'inspecteur Souris et son adjoint Ledentu enquêtent sur le cambriolage des fromages de l'entrepôt de Grasdouble. Bobby, l'indic, les met sur la voie de la bande de Lerayé.
L'inspecteur leur prépare un piège. C'est un excellent prototype du genre policier sous la forme album, où les personnages -- détective, chef du gang, indic... -- sont bien caractérisés. L'image renforce les standards du genre : vêtements, attitudes et comportements des personnages, lieux fréquentés...
On trouvera en bibliothèque d'autres albums, à lire en réseau, permettant d'explorer le genre : la série « Pickpocket » (Gallimard), « John Chatterton détective » (École des loisirs), « Jim Iguane détective » (Colonie des griffons), ou encore la série « Rouletapir » (Grasset).


Otto : autobiographie d'un ours en peluche

UNGERER Tomi ­ École des loisirs ­ coll. Lutin poche ­ 32 pages ­ 5,5 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Cette fausse autobiographie, racontée par un ours témoin et porte-parole de l'Histoire, offre aux jeunes lecteurs des parcours de lecture à plusieurs niveaux : les différentes scènes rapportées dans cet album en images et en mots -- déportation, bombardement, vie quotidienne dans les quartiers urbains américains... --, pourront être confrontées à d'autres mises en mots et en images au cours de lectures en réseau. Du point de vue de la réception, le rythme du récit alterne épisodes dramatiques et apaisements, à propos desquels les jeunes lecteurs pourront exprimer leurs émotions en utilisant éventuellement d'autres domaines artistiques, l'expression dramatique par exemple.
Au cours des échanges dans la classe sur leurs lectures de l'album, les élèves seront invités à éprouver leur rapport aux autres, au monde et à eux-mêmes, du fait de l'enjeu symbolique de l'oeuvre et du travail de mémoire qu'elle engage.
Les élèves pourront situer cet album dans un parcours de lectures des oeuvres de Tomi Ungerer, en reconnaître le style et le trait.


Jumanji

VAN ALLSBURG Chris ­ École des loisirs  ­ 32 pages ­ 11,9 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Leurs parents étant sortis, Judith et Pierre découvrent dans le parc une boîte de jeu insolite, Jumanji. Ils lisent les instructions et basculent dans un univers fantastique qui mêle la réalité à la fiction: « un lion attaque, reculez de deux cases » et le lion fait irruption dans la maison. Après avoir franchi toutes les épreuves du jeu et leurs prolongements surréalistes, les deux enfants sont réveillés par leurs parents et leurs invités, à qui ils parlent de leurs aventures. Deux autres enfants s'emparent à leur tour de la boîte de jeu...
Propice à une mise en réseau avec d'autres titres comme Tout change d'A. Browne (Kaléidoscope), cet album est une excellente mise en oeuvre, dans le texte comme dans l'image, du genre fantastique. Il a été l'objet d'une adaptation cinématographique, Jumanji, tout peut arriver (1995). Il offre des possibilités d'écriture (prolongement du jeu lui-même), cette activité permettant de prendre conscience des caractéristiques du genre. Les images de Chris Van Allsburg sont en noir et blanc, proches de la photographie, jouant avec l'éclairage et le cadrage, en écho avec le texte. Le jeune lecteur pourra retrouver ce style d'écriture dans d'autres albums : L'Épave du Zéphir (École des loisirs), Le Jardin d'Abdul Gasaki (École des loisirs), Le Rêve de Pierre (Gallimard jeunesse).


Les Trois Cochons

WIESNER David ­ Circonflexe ­ 32 pages ­ 12 €
Difficulté de lecture : niveau 2

Encore une réécriture de la célèbre histoire, oui, certes, mais cette fois-ci, les cochons ont la parole et gouvernent leur destinée: ils sortent de l'histoire, mouvement matérialisé dans l'espace graphique par le dépositionnement des images, des pages qui se plient, s'envolent, se font décors... Ils entrent dans une nouvelle histoire qu'ils ne font que traverser, suivis d'un chat et de son violon, puis dans un conte, dont ils déjouent l'issue, en sauvant le dragon. Alors, ils rejoignent de nouveau leur histoire d'origine qu'ils vont réécrire avec l'aide de leur nouvel ami. Ce jeu de cadre et de hors cadre est à l'image ce que les coulisses sont au théâtre. Ainsi, cet album introduit une rupture dans le pacte fictionnel, il donne à voir le processus de création. Le lecteur pourra imaginer d'autres possibles narratifs en puisant dans les images proposées et s'engager dans des activités d'écriture, tenter une adaptation théâtrale et mettre ainsi en relation les paramètres des espaces de la scène avec ceux de l'image.


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